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A Monrovia, des prières pour sauver le Liberia de la "calamité" Ebola

09/08/2014 06:32 EDT | Actualisé 09/10/2014 05:12 EDT

James Watson, inquiet de la progression de l'épidémie d'Ebola, s'est tourné vers Dieu qu'il implore dans la rue à Monrovia pour, dit-il, "sauver la Nation de cette calamité" mettant à rude épreuve les capacités et moyens du Liberia.

"Nous sommes trop faibles et exposés au virus. Notre sort est entre les mains de Dieu", estime Watson, 29 ans, homme trapu, qui se présente comme un petit commerçant, rencontré par l'AFP à Sinkor, quartier résidentiel du nord de la capitale.

"C'est seulement Dieu qui peut nous sauver de cette maladie. C'est la raison pour laquelle nous prions et jeûnons pour sauver la Nation de cette calamité", ajoute le jeune homme, parmi un groupe de personnes priant devant un bâtiment public dans le quartier résidentiel de Sinkor.

Il répondait à l'appel de la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, à prier et jeûner pendant trois jours, de mercredi à vendredi, pour implorer la protection divine contre l'épidémie d'Ebola.

Des prières collectives rassemblant femmes et hommes, jeunes et vieux, se sont ainsi déroulées dans différents quartiers de la capitale, du centre-ville aux banlieues.

Depuis sa découverte en 1976, le virus a été à l'origine de plus de 20 épidémies, mais l'actuelle flambée en Afrique de l'Ouest, en cours depuis le début de l'année, est la plus grave de toutes, avec plus de 960 morts sur près de 1.800 cas recensés (confirmés, probables ou suspect), selon le dernier bilan de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) diffusé vendredi.

Au Liberia, 554 cas au total ont été dénombrés, dont 249 mortels.

- "Les gens meurent chaque jour" -

Sarah Ballah, 32 ans, élégante patronne d'une société privée, a rejoint des fidèles dans la rue, heureuse que sa famille ait jusqu'à présent eu la chance d'échapper au virus.

"Des journées de prière et de jeûne dans des moments comme ceux-là, c'est très important. Dieu est notre seul espoir et nous comptons sur lui pour nous délivrer d'Ebola qui est en train" de faire des ravages, "les gens meurent chaque jour et personne n'y échappe", se désole la jeune femme.

Outre des prières collectives, les habitants de Monrovia ont vu réapparaître dans leurs rues des membres d'une organisation de musulmanes et de chrétiennes engagées pour la paix.

Cette ONG a tenu de nombreuses manifestations pendant les guerres civiles qui, de 1989 à 2003, ont fait quelque 250.000 morts au Liberia et ruiné l'économie.

Certaines militantes s'étaient installées face à la résidence de la présidente Sirleaf, où elles jeûnaient et priaient, bibles et corans à leurs côtés, indifférentes à la météo, sous la pluie comme sous le soleil.

L'une d'elles, qui a refusé de s'identifier et s'exprimant dans un mélange d'anglais et de langues locales, a assuré qu'elle resterait sur place jusqu'à ce que le Liberia soit débarrassé d'Ebola.

Une question de semaines, voire de mois dans ce pays de quelque 4 millions d'habitants aux moyens limités et dont les établissements sanitaires ne sont pas équipés à grande échelle pour isoler les malades victimes d'Ebola, une condition indispensable pour limiter la transmission.

A Monrovia, la situation est "catastrophique", a estimé vendredi Lindis Hurum, coordinatrice d'urgence au Liberia de l'ONG Médecins sans frontières (MSF), qui dispose sur place de personnels locaux et expatriés pour lutter contre l'épidémie.

Mme Hurum a fait état de rapports selon lesquels au moins 40 travailleurs de la Santé ont contracté le virus au cours des dernières semaines. Par peur de la contagion, des hôpitaux de la capitale ont été désertés par leurs employés et ont été fermés.

Jeudi, le syndicat des personnels de Santé a menacé de se mettre en grève si le gouvernement ne lui fournissait pas le matériel nécessaire contre Ebola.

"Nous n'avons pas de gants, ni combinaisons et autres équipements requis", a ainsi déploré Deemi Dearzrua, secrétaire générale du syndicat.

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