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Lourde peine de prison pour le "capitaliste rouge" de Roumanie

08/08/2014 09:04 EDT | Actualisé 08/10/2014 05:12 EDT

Un sulfureux homme politique et ex-magnat des médias, Dan Voiculescu, qui se décrit comme le "capitaliste rouge" de Roumanie, a été condamné vendredi en appel à 10 ans de prison ferme pour blanchiment, à l'issue d'un procès débuté en 2008.

M. Voiculescu, condamné en première instance en septembre à cinq ans de prison, devrait être placé en détention dans le courant de la journée.

La Cour d'appel de Bucarest a également ordonné la confiscation de plusieurs propriétés, dont le siège des chaînes de télévision appartenant au groupe média Intact contrôlé par la famille Voiculescu.

Fondateur du petit Parti conservateur (PC, membre de la coalition de centre gauche au pouvoir) et notamment du groupe Intact, M. Voiculescu était en 2009, aux côtés de ses deux filles, l'une des trois premières fortunes de Roumanie, avec des avoirs estimés à 1,5-1,6 milliard d'euros.

Onze autres personnes, dont un ancien ministre des Communications, Sorin Pantis, ont également été condamnées à des peines allant de trois ans de prison avec sursis à huit ans de prison ferme.

Selon l'accusation, les douze personnes ont mené entre 1991 et 2003 des "opérations financières et commerciales frauduleuses" afin de faciliter le rachat de l'Institut de recherches alimentaires, propriété publique, par un groupe dont l'actionnaire majoritaire était M. Voiculescu, à un prix sous-évalué.

L'Institut, qui possédait notamment un terrain de 36.600 m² dans une zone résidentielle de Bucarest, a été racheté pour 104.000 euros, alors qu'il en valait 7,8 millions.

Cette transaction a provoqué un préjudice total pour l'Etat de 60,4 millions d'euros, que les douze personnes condamnées devront rembourser.

M. Voiculescu, 67 ans, a toujours rejeté ces accusations, se déclarant "victime d'une vengeance" du président de centre droit Traian Basescu, dont il se dit "l'adversaire le plus farouche".

Cet économiste de formation fut dans les années 1980 le représentant d'une compagnie chypriote ayant des relations privilégiées avec la Securitate. Selon les médias, ces relations seraient également à l'origine de la fortune de M. Voiculescu.

"Ce fut une chance de vivre dans un système socialiste selon des règles capitalistes", avait-il déclaré en 2010, se décrivant comme un "capitaliste rouge" mais niant les liens avec la Securitate.

La Haute Cour de Justice et de Cassation a néanmoins confirmé qu'il avait été un collaborateur de la redoutable police politique, signant ses délations du nom de code "Felix".

M. Voiculescu a suscité une vive polémique en démissionnant deux fois de son poste de sénateur, en 2012 et 2013, affirmant vouloir ainsi "renoncer à l'immunité parlementaire pour que la justice fasse son travail".

Mais selon les analystes, cette manoeuvre devait lui permettre de faire traîner le procès qui a débuté en 2008.

Le mois dernier il a également été inculpé de chantage et placé sous contrôle judiciaire.

Alors que les médias se sont passionnés pour ce procès emblématique, la chaîne d'informations en continu Antena 3, membre du groupe Intact, dénonce elle une "exécution" de son ancien patron, affirmant que le but du procès était de "museler le dernier rempart de la liberté d'expression en Roumanie".

"Du jamais vu, une chaîne télé lutte en direct en faveur de l'accusé et contre les procureurs et les juges", a lancé cette semaine l'association de défense de l'Etat de droit Romania Curata (la Roumanie propre), appelant à "défendre les magistrats" impliqués dans ce procès.

La justice roumaine, qui fait l'objet d'une surveillance stricte de Bruxelles, s'est montrée de plus en plus efficace dans sa lutte contre la corruption de haut niveau ces dernières années, selon des experts.

Depuis deux ans, un ancien Premier ministre et des ministres reconnus coupables de corruption ont notamment été condamnés à la prison ferme.

mr/mr

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