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En Guinée, les survivants d'Ebola ont la joie discrète

08/08/2014 10:13 EDT | Actualisé 08/10/2014 05:12 EDT

Tout juste sorti d'un centre d'isolement après trois semaines de lutte contre la fièvre hémorragique, "Vieux Diallo" se considère comme un miraculé d'Ebola. Mais malgré sa joie, ce sexagénaire guinéen refuse de donner son nom, de crainte d'être traité comme une bête curieuse ou un "pestiféré".

Petite barbe et cheveux blancs hirsutes, ce frêle patriarche était traité dans le centre d'isolement pour malades d'Ebola de Médecins sans frontières (MSF), situé dans l'enceinte de hôpital Donka de Conakry, d'où il a été libéré cette semaine.

Heureux d'être vivant et sur pied. "Dieu est grand!", lance-t-il, acceptant de parler à un journaliste de l'AFP en attendant ses proches sous une tente à l'entrée, mais sans révéler son identité ni se faire prendre en photo, par peur d'être reconnu et stigmatisé.

"On risque de me +découvrir+ et ça fait toujours mal d'être regardé comme un pestiféré", explique-t-il. "Je ne souhaite pas ça", prévient-il, demandant à être appelé simplement "Vieux Diallo".

Sur 232 patients admis au centre de MSF à Donka, 124 ont été confirmés positifs au virus Ebola, dont 64 ont survécu et sont rentrés chez eux, a indiqué l'ONG à l'AFP vendredi.

Il n'y a pas de vaccin ni de soin spécifique contre la maladie, mortelle dans 25 à 90% des cas, mais "si les patients reçoivent un traitement pour les infections secondaires et sont bien réhydratés dans des structures de santé adéquates, leurs chances de survie augmentent", souligne MSF.

"Vieux Diallo" explique avoir été contaminé par une femme venue de Koidu, dans l'est de la Sierra Leone, pour se faire soigner à Conakry, mais "personne ne savait de quoi elle souffrait".

Il a été en contact avec elle alors qu'il était au chevet d'un frère malade de la typhoïde, décédé d'Ebola, de même qu'un neveu, il y a quelques semaines.

En isolement, raconte-t-il, "j'avais vraiment mal, j'étais entre la vie et la mort. Les médecins me conseillaient de manger et de boire beaucoup. Je me disais que j'allais rejoindre mon frère dans l'au-delà. C'était la plus dure épreuve car je ne recevais aucune visite d'un membre de ma famille".

- 'Papa est de retour' -

Au bout de quelques minutes, "Vieux Diallo" interrompt son récit à l'arrivée d'un homme d'une trentaine d'années d'allure vigoureuse: son fils Ibrahima. "Papa, c'est toi?", demande-t-il, hésitant.

Leurs retrouvailles sont émouvantes mais sans contact: ils ne se serrent pas la main, ne se jettent pas dans les bras l'un de l'autre. Ils se sourient en pleurant.

"Papa est de retour parmi nous. Il faut remercier le Bon Dieu qui a sauvé mon père, sanglote-t-il. "S'il y a un Dieu en haut, il y a d'autres dieux sur terre: Médecins sans Frontières et associés".

Après la mort du frère et du neveu de Vieux Diallo, la famille se préparait "à faire le deuil" du vieil homme, confie-t-il.

Il ne va pas conduire son père directement à la maison: "Pour le moment, je l'emmène l'isoler quelque part" pour le mettre à l'abri d'une éventuelle stigmatisation.

Les survivants d'Ebola se retrouvent souvent traités en paria pour toute une série de raisons: considérés comme des êtres anormaux, rejetés par peur de la contagion ou encore par rancoeur, parce qu'ils rappellent des proches n'ayant pas eu la même chance.

Dans des zones rurales, selon des humanitaires sur le terrain, cette fièvre hémorragique apparue au début de l'année en Guinée, avant de se communiquer au Liberia et à la Sierra Leone, suscite peur ou incrédulité. Certains accusent des étrangers d'avoir introduit la maladie, qui par endroits a décimé des familles entières.

Une pimpante femme âgée d'une vingtaine d'années, rencontrée à l'extérieur du centre de MSF, indique aussi avoir survécu à Ebola mais refuse également de donner son vrai nom, se présentant comme "Kadi, diminutif de Kadiatou, Jolie".

"Révéler mon identité c'est courir un gros risque, notamment de se faire rejeter par la population", dit la jeune femme, venue rendre visite à ses médecins quelques jours après sa sortie d'hôpital, "nous sommes des revenants".

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