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Ebola: les habitants des régions du Liberia isolées s'inquiètent de pénuries alimentaires

08/08/2014 01:12 EDT | Actualisé 08/10/2014 05:12 EDT

La population et les responsables des provinces du nord du Liberia, les plus touchées par l'épidémie d'Ebola et coupées du reste du pays par des barrages militaires, ont mis en garde vendredi contre le risque de pénuries alimentaires.

"Ma province est complètement sous quarantaine parce que les militaires ne laissent personne en sortir ni y entrer. Ma population m'appelle pour m'informer que les prix se sont envolés dans la région", a déclaré à l'AFP Sando Johnson, sénateur de Bomi, une province limitrophe de celle de la capitale.

"Ce n'est pas bien, de la part du gouvernement, c'est sévère", s'est-il indigné. "Le sac de riz (de 25 kg, NDLR) est passé du coup de 1.300 dollars libériens (17 USD, 13 euros) à 1.800 (22 USD, 16 euros). Les pauvres vont mourir de faim, pour l'amour du Ciel", a ajouté M. Johnson.

Les restrictions de déplacement ont été décidées en vertu de l'état d'urgence décrété mercredi soir par la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, et ratifié vendredi par les sénateurs, après l'avoir été jeudi soir par les députés, selon des journalistes de l'AFP à Monrovia.

D'après un communiqué de l'Assemblée, les députés ont demandé au gouvernement d'inclure les familles de malades, y compris celles des travailleurs de la santé infectés, parmi les bénéficiaires des fonds débloqués pour la lutte contre l'épidémie. Ils ont aussi suggéré le paiement de deux mois de salaire en avance - août et septembre - aux fonctionnaires.

Malgré les assurances de Mme Sirleaf que le gouvernement subviendrait aux besoins des populations des zones isolées ou sous quarantaine, plusieurs habitants ont exprimé leur inquiétude à l'AFP.

"Le gouvernement doit garder raison pour le bien de ses citoyens. Sinon, à Cape Mount et Bomi (deux provinces du nord, NDLR) il y aura beaucoup de morts, et pas d'Ebola, mais de faim", a déclaré à l'AFP Augustine Kimber, un ouvrier agricole, interrogé à un barrage militaire de Bomi.

Selon un étudiant, Morris Ware, "il devrait y avoir d'autres moyens pour effectivement endiguer Ebola que d'empêcher les gens de se déplacer".

"Avec le peu d'argent que j'avais, j'ai acheté du riz, très cher, pas assez pour trois semaines. J'ai 25 personnes à nourrir. Tout le monde panique ici. On a peur de mourir de faim", a expliqué par téléphone Siaffa Kamara à Bopolu, au nord de Monrovia.

Selon un autre, Miatta Sharif, "il faut prendre les mesures nécessaires pour enrayer le virus Ebola, mais en même temps il ne faut pas que nous mourions de faim".

"Les cliniques ont fermé, si en plus on ne peut plus avoir à manger, comment allons-nous survivre? Cela fera plus de victimes qu'Ebola", a-t-il estimé.

En vertu de l'état d'urgence, l'armée a reçu ordre de limiter les mouvements de la population et contrôlait strictement les accès à la capitale en provenance des provinces les plus touchées.

Le ministre de la Défense Burnie Samuka a prévenu jeudi les habitants qu'ils ne pourraient désormais plus se déplacer à leur guise.

"Restez où vous êtes, parce que si vous vous déplacez, il se peut que vous n'ayez plus la permission de revenir", avait-il indiqué.

En conséquence, les commerçants des zones concernées n'osent plus aller à Monrovia pour leurs achats.

"On a peur d'aller s'approvisionner parce que l'armée ne nous autorisera même pas à sortir. Les denrées que j'avais ici sont épuisées. Je suis à court de riz, le peu que j'avais, je le garde pour ma famille", a confié à l'AFP un marchand de riz du nord-ouest du pays, Paul Fahnbuleh.

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