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Après le sida, le SRAS ou la grippe H1N1, le monde doit-il craindre Ebola ?

08/08/2014 11:59 EDT | Actualisé 08/10/2014 05:12 EDT

Après le sida, le SRAS, les grippes aviaires, le coronavirus et le chikungunya, le virus Ebola nous renvoie à nos peurs ancestrales des grandes épidémies, même si les situations sont loin d'être comparables, selon l'historien de la santé Patrick Zylberman.

Q : Le monde doit-il craindre l'épidémie actuelle de fièvre hémorragique Ebola ?

R : La peur ancestrale d'une épidémie tuant tout le monde reste profondément ancrée en nous mais on peut difficilement comparer la fièvre Ebola avec les grandes épidémies du passé comme la peste contre laquelle nos ancêtres n'avaient guère que les prières.

Lors de la grippe espagnole de 1918-1919 qui a fait 50 millions de morts dans le monde, dont 250.000 en France, les antibiotiques n'existaient pas (pour traiter les complications), on ne connaissait pas le virus et on ne disposait pas de services d'urgence et de réanimation.

Les pays occidentaux disposent aujourd'hui de systèmes de santé efficaces qui permettent de limiter, voire d'éviter la propagation des virus, ce qui n'est pas le cas dans les pays touchés par la fièvre Ebola.

D'un point de vue très général, la crise actuelle est un peu du même ordre que celle née de l'épidémie de pneumonie atypique (SRAS), à la différence près que le terrain africain est beaucoup plus fragile sur le plan médico-social et politique que celui de la Chine de 2003. (NDLR : apparue dans le sud de la Chine fin 2002, l'épidémie de SRAS avait provoqué une crise mondiale l'année suivante et fait quelque 800 morts au total, essentiellement en Asie).

Q : les crises sanitaires se succèdent, les virus pathogènes ont-ils vraiment augmenté et que faire pour rassurer les populations ?

R : Depuis le milieu du XXe siècle on trouve de plus en plus de virus parce qu'il y a en a plus dans l'absolu, mais également parce qu'on sait mieux les détecter. Il y a eu une augmentation des évènements épidémiques dans les pays du Sud. Rien que pour Ebola, il y a eu une vingtaine d'épidémies d'Ebola depuis 1976 en Afrique, mais cela ne concernait que quelques villages et non les villes, comme c'est le cas actuellement.

Il est important de sensibiliser les populations touchées aux modes de contagion et ne pas se contenter de distribuer des tracts alors qu'elles ne savent pas lire.

Mais l'inquiétude grandit également dans les autres pays qui redoutent une épidémie importée, avec un problème délicat pour les autorités sanitaires : faire une communication publique correcte sur ce qui se passe et notamment les risques, sans laisser transparaître trop d'inquiétude, ce qui risquerait de faire naître une inquiétude encore plus grande.

q: Quels sont les principaux facteurs de gravité de l'épidémie actuelle?

R : Bien que le virus Ebola ne se propage pas aussi facilement que celui de la grippe (NDLR: il se transmet par contact rapproché et non par voie respiratoire), l'épidémie actuelle se développe rapidement en Afrique. Le taux de létalité (rapport entre le nombre de décès et le nombre de cas) est pour sa part très important, de l'ordre de 50 à 90%, faute de traitement spécifique, alors celui-ci était seulement de 2,5% dans la grippe espagnole. Les populations touchées ignorent les modes de transmission et tiennent à accomplir leurs rituels funéraires, en caressant et en embrassant les défunts, comme le faisaient nos ancêtres lors des épidémies de choléra qui sévissaient en Europe au 19e siècle.

Mais surtout elles ne font pas confiance aux autorités de leurs pays, ce qui explique qu'elles chassent le personnel médical à coup de pierres ou qu'elles croient qu'on cherche à les capturer pour les tuer. La confiance est un élément très important, on l'a vu en France lors de la grippe pandémique A(H1N1) de 2009 lorsque les médecins ont été mis hors jeu dans la campagne de vaccination systématique mise en oeuvre par les pouvoirs publics.

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