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Une avancée des jihadistes provoque un exode de chrétiens dans le nord de l'Irak

07/08/2014 06:14 EDT | Actualisé 07/10/2014 05:12 EDT

Des jihadistes se sont emparés jeudi de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d'Irak, poussant des dizaines de milliers de personnes à fuir et conduisant l'ONU à tenir des consultations en urgence.

Selon le patriarche chaldéen Louis Sako, 100.000 chrétiens ont été poussés sur les routes "avec rien d'autre que leurs vêtements sur eux" après la prise de Qaraqosh et d'autres villes de la région de Mossoul (nord) par des combattants de l'Etat islamique (EI).

Parmi ces localités, "Tal Kayf, Bartella et Karamlesh", ont été "vidées de leurs habitants", selon Mgr Joseph Thomas, archevêque chaldéen de Kirkouk et Souleimaniyeh.

"C'est un désastre humanitaire. Les églises sont occupées, leurs croix enlevées", et plus de 1.500 manuscrits ont été brûlés, a souligné Mgr Sako.

"Nous lançons un appel avec beaucoup de douleur (...) au Conseil de sécurité de l'ONU, à l'Union européenne et aux organisations humanitaires, pour qu'ils aident ces gens en danger de mort", a insisté le patriarche, qui redoute un "génocide".

Les Etats-Unis se sont, eux, inquiétés d'une situation "proche de la catastrophe humanitaire".

Et selon le New York Times, le président Barack Obama étudie la possibilité de frappes aériennes ou de parachutages de vivres et de médicaments pour venir au secours de dizaines de milliers d'Irakiens menacés de mort par les jihadistes.

A Rome, le pape François a lancé un appel urgent à la communauté internationale pour "protéger" les populations en fuite dans le nord de l'Irak.

La France, "vivement préoccupée", a demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité, qui a annoncé tenir jeudi soir (21H30 GMT) des consultations en urgence.

Paris a en outre déclaré être prêt à "apporter un soutien aux forces engagées dans" le combat contre les jihadistes en Irak, sans en préciser la nature.

- 'Aucune résistance' -

A Qaraqosh, les jihadistes ont pris position dans la nuit après le retrait des forces kurdes, selon des habitants de cette ville de 50.000 habitants entièrement chrétienne, située entre Mossoul, la deuxième ville du pays tenue par l'EI, et Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan.

Au nord de Mossoul, à Tal Kayf, où vivaient également de nombreux chrétiens et des membres de la minorité chiite Chabak, les jihadistes "sont arrivés juste après minuit" et "n'ont rencontré aucune résistance", a expliqué Boutros Sargon, un habitant joint par téléphone.

Ce nouvel exode dépasse largement par son ampleur celui des chrétiens chassés de Mossoul en juillet, alors que la communauté chrétienne d'Irak a plus que diminué de moitié depuis 2003.

Dans un communiqué, l'EI a salué "une nouvelle libération dans la province de Ninive (dont Mossoul est la capitale), qui servira de leçon aux Kurdes profanes".

Avec cette poussée de l'EI, les jihadistes ne sont plus qu'à 40 km d'Erbil.

Menés par l'EI, déjà bien implanté en Syrie, des insurgés sunnites ont lancé en juin une offensive fulgurante dans le nord de l'Irak, s'emparant de vastes pans de territoire.

A la faveur de la déroute de l'armée, les forces kurdes, de loin les mieux entraînées et organisées du pays, ont pris position hors de leurs frontières, élargissant officieusement le Kurdistan de 40%. Mais depuis fin juillet, elles reculent.

Jeudi, les peshmergas ont cependant assuré avoir repoussé une attaque contre le barrage de Mossoul, qui permet de contrôler l'accès à l'eau et à l'électricité dans toute la région.

Et les forces kurdes se sont unies à l'armée irakienne et aux milices chiites pour mener une opération conjointe destinée à libérer Amerli, une ville turcomane assiégée depuis près de deux mois par les jihadistes à 160 km au nord de Bagdad.

- Sans eau ni nourriture -

Mercredi, des combattants kurdes d'Irak, de Syrie et de Turquie avaient déjà décidé d'unir leurs forces dans une rare alliance pour tenter de contrer l'avancée de l'EI.

Parmi les plus récentes conquêtes de l'EI figure la région de Sinjar, bastion de la minorité yazidie, une communauté kurdophone pré-islamique considérée par les jihadistes comme "adoratrice du diable".

Des dizaines de milliers de personnes ont fui et se retrouvent piégées, sans eau ni nourriture, dans les montagnes désertiques environnantes.

"Nous sommes épuisés parce que nous mourrons de faim", a dit à l'AFP par téléphone un Yazidi réfugié dans les montagnes. "Il n'y a rien ici".

Plusieurs responsables politiques et organisations internationales ont fait état de centaines de civils disparus depuis l'arrivée des jihadistes, connus pour leur exactions, et de dizaines d'enfants morts de soif dans les montagnes.

Jeudi, un porte-parole a annoncé que des combattants kurdes avaient sécurisé un corridor pour permettre à des Yazidis de se rendre dans le nord de la Syrie, un territoire revendiqué par les Kurdes.

Et plusieurs centaines de déplacés sont arrivés en Turquie depuis mercredi, selon les autorités.

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