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L'OSM et Kent Nagano : une Virée classique montréalaise et une tournée asiatique émotive (ENTREVUE)

07/08/2014 10:21 EDT | Actualisé 08/08/2014 01:25 EDT
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Les musiciens de l’OSM et 1 500 choristes enflammeront l’Esplanade Financière Sun Life du Parc olympique de Montréal, le 14 août prochain. Présentant Carmina Burana, ils donneront ainsi le coup d’envoi à la Virée classique, un festival de musique classique dont Charles Lafortune est le porte-parole. Une semaine avant ce grand événement, le chef d'orchestre Kent Nagano a pris 20 minutes de son horaire surchargé pour nous parler de cette aventure et des prochains projets de l’orchestre.

Le spectacle en plein air du 14 août sera suivi de deux journées très remplies à la Maison Symphonique : initiation au métier de chef d’orchestre, activités familiales et une sélection de 30 concerts de 45 minutes en trio, en solo ou en orchestre avec les plus grands musiciens du moment, allant des pianistes Marc-André Hamelin et Rafal Blechacz (récent lauréat du concours Chopin) à Pierre Lapointe en version classique, en passant par le violoniste Marc Bouchikov et la fille de Kent Nagano, la pianiste Karine Kei Nagano.

Se disant nerveux de diriger Carmina Burana pour la première fois, au risque d’être comparé aux innombrables versions déjà entendues, le chef de l’OSM parle tout de même de la virée classique avec un enthousiasme palpable. Son objectif : traduire l’esprit festif de l’été montréalais avec une série de petits événements magiques.

« On va jouer de la musique classique pure, mais placée hors contexte, dans un esprit estival, dit-il. On présente Carmina Burana devant le stade dans une version plus grande que nature, on offre un menu dégustation musicale pendant deux jours et on invite le public à discuter avec les meilleurs musiciens du moment après leurs concerts. On voulait créer quelque chose de spécial, à l’image de Montréal en été. »

Charles Lafortune et la musique classique

Afin de bâtir de nouveaux ponts entre la musique classique et le grand public, l’OSM a requis les services de Charles Lafortune à titre de porte-parole. L’animateur de La Voix n’hésite pas à se comparer à monsieur et madame Tout-le-monde pour ce qui est de son rapport avec la musique symphonique. « Comme plusieurs personnes, il m’arrive d’être un peu perdu avec le classique, comme on peut l’être avec le vin, mentionne-t-il. On ne sait pas trop ce qu’on devrait acheter et ce qui est bien fait. Heureusement, les gens peuvent appeler à l’OSM pour être guidés dans leurs choix pour la Virée classique. Ils ne doivent pas hésiter à demander conseil et à goûter à plein de choses. »

S’il affirme que l’une de ses plus grandes frustrations est de ne pas savoir jouer d’instrument, Charles Lafortune savoure chaque minute passée dans l’univers de l’orchestre symphonique. « J’adore découvrir les humains derrière les instruments, en apprendre sur leurs projets et les connaître personnellement. Ce sont des gens trippants et très drôles. Souvent, on pense que l’OSM est une grosse machine, mais quand on le voit en vrai, on se rappelle que des musiciens jouent pour vrai. Il se passe quelque chose! »

La distinction montréalaise, selon Nagano

Lors de l’entrevue, Kent Nagano s’est rappelé avec fébrilité sa première impression de Montréal, au début des années 90. « Je me souviens d’avoir appelé ma femme pour lui dire à quel point le public était spécial! Au Québec, notamment à Montréal, les spectateurs ont un niveau élevé de sophistication, de curiosité, d’ouverture d’esprit et de générosité dans leurs réactions. C’est un rêve pour les artistes de jouer pour un tel public. »

Au cours des 25 dernières années, il explique avoir été témoin de la dynamisation de la métropole, de l’attention internationale dont a bénéficié la nouvelle maison de l’OSM et de l’évolution du public. « Montréal est en pleine ascension et ça se reflète dans notre public. Il ressemble de plus en plus à ce que l’on voit sur la rue. Les spectateurs ne correspondent plus uniquement à un segment de la population en termes d’éducation, d’âge et de profession. Tous les types de Montréalais viennent nous voir. »

L’avenir de l’OSM

Ayant récemment renouvelé le contrat le liant à l’OSM jusqu’en 2020, maestro Nagano croit plus que jamais à l’importance de la musique symphonique, à une époque de révolution industrielle et technologique où tout change constamment. « C’est important de savoir qui nous sommes, d’où on vient et ce que veut dire le fait d’être Montréalais, pour ne pas oublier nos racines. »

S’il se fait discret sur les deux grands rêves qu’il chérit pour le futur à moyen terme de l’orchestre – il affirme que les nouveaux projets permettront à l’OSM d’être encore plus impliqué dans la communauté –, le chef insiste sur la nécessité de voyager à travers la planète pour démontrer pourquoi Montréal est si spéciale.

« À l’étranger, on m’a dit qu’on entend le québécois quand on joue, dans le timbre, les appuis, les accents et les façons de respirer. Notre mission est d’aller dans le monde pour faire entendre le son de Montréal, qui est différent de celui de Londres, de New York ou de Viennes. »

12 jours en Asie

Du 10 au 22 octobre prochain, l’OSM s’envolera justement pour une tournée dans huit villes asiatiques, en retournant pour la dixième fois au Japon (la dernière visite date de 2008) et en visitant la Chine pour la première fois. « Les Chinois nous attendent et connaissent notre réputation, souligne-t-il. Je crois que ça va être un grand échange culturel. On va solidifier notre réputation parmi les grands orchestres du monde et partager la culture québécoise. Comme je n’ai jamais visité la Chine, et qu’il est rare dans la vie de vivre des expériences pour la première fois, je suis très impatient d’aller là-bas. »

À juste titre. Le pays de Mao s’ouvre de plus en plus à la musique classique occidentale. « Historiquement, il n’y avait aucune connexion entre la Chine et des compositeurs comme Bach ou Beethoven. Mais de nos jours, la plus grande vague de jeunes artistes émergents vient de Chine. Il y a une explosion de talents et un engouement pour construire de nouvelles salles de concert, comme à Pékin. »

Confronté à ses origines japonaises

Quant au Japon, un pays où l’OSM est populaire depuis très longtemps, le maestro confie que toutes ses visites sont très émouvantes. « Je suis né aux États-Unis, mais mes ancêtres sont du Japon. Tout comme moi, des musiciens canadiens d’origines japonaises et chinoises de l’orchestre seront confrontés à une émotion très profonde. Là-bas, on est des étrangers, tout en étant confrontés aux racines de nos ancêtres. C’est un sentiment impossible à mettre en mots… »

Réputé pour ses horaires chargés frôlant les 75 heures de travail par semaine, Kent Nagano pourra tout de même voir quelques membres de sa famille. « Des membres de la famille de mon père et de ma mère viendront écouter les concerts, mais je ne pourrai pas me déplacer là où ils vivent. Les moments libres de l’orchestre seront consacrés à visiter une école pour partager notre musique avec de jeunes Japonais et offrir un concert spécial à Fukushima, une région un peu oubliée depuis le désastre nucléaire en 2011. »

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