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Nuon Chea, idéologue impénitent des Khmers rouges

07/08/2014 01:42 EDT | Actualisé 06/10/2014 05:12 EDT

Arrogant, provocateur, impénitent, Nuon Chea, idéologue des Khmers rouges condamné jeudi à la prison à vie pour crimes contre l'humanité, est considéré comme un architecte majeur des atrocités d'un régime qui a fait quelque deux millions de morts au Cambodge entre 1975 et 1979.

Le bras droit du "frère numéro un" Pol Pot, décédé en 1998 sans avoir été jugé, comparait depuis 2011 pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre devant le tribunal de Phnom Penh parrainé par l'ONU. Mais la procédure a été découpée pour obtenir un verdict plus rapidement.

A l'énoncé du premier jugement jeudi, le "frère numéro deux", 88 ans, assis dans un fauteuil roulant, n'a pas esquissé la moindre réaction, caché derrière ses habituelles lunettes noires. Il a toujours devant la Cour clamé son innocence et sa défense a immédiatement annoncé un appel de sa condamnation.

Au dernier jour du premier procès fin 2013, Nuon Chea avait certes reconnu une certaine "responsabilité morale" et exprimé de "profonds remords", mais il avait dans le même temps réclamé l'acquittement, rendant ses "remords" inaudibles pour les victimes.

"Je n'ai ordonné aucun crime (...). Je suis innocent de ces accusations", avait-il insisté, rejetant la faute sur les "traitres" et les Vietnamiens qui ont chassé les Khmers rouges du pouvoir en 1979.

Les procureurs avaient eux souligné le rôle "primordial" de Nuon Chea et du chef de l'Etat du "Kampuchéa démocratique" Khieu Samphan, condamné à la même peine jeudi, dans le régime totalitaire qui a conduit à la mort d'un quart de la population du Cambodge, d'épuisement, de faim, sous la torture ou dans des exécutions sommaires.

Lors de ce procès symbole, il a souvent provoqué la colère des victimes en quittant la salle, pour contester les procédures ou souligné sa mauvaise santé. Et s'il a effectivement souffert en détention de diverses maladies, le tribunal a assuré qu'il était apte à être jugé.

- 'Des ennemis du peuple' -

De son vrai nom Long Bunruot, Nuon Chea est né en 1926 dans une famille sino-khmère installée dans la province de Battambang, dans le nord-ouest du Cambodge.

Il étudie le droit à Bangkok dans les années 1940, travaille pour le ministère thaïlandais des Affaires étrangères, intègre même le Parti communiste thaïlandais.

De retour au Cambodge, il participe à l'organisation du Parti communiste du Kampuchéa au lendemain de l'indépendance, en 1954. Il consolide les structures du parti, plus connu sous le nom de Khmers rouges, puis s'enfuit de Phnom Penh en 1970, après le putsch du général pro-américain Lon Nol.

Numéro deux du commandement militaire des Khmers rouges de 1970 à 1975, il est aussi son commissaire politique en chef, chargé à partir de leur prise de pouvoir en 1975 de traquer les ennemis de la révolution.

Considéré comme la personnalité la plus secrète de la hiérarchie du "Kampuchéa démocratique", il apparait alors, d'après les documents que laissera le régime à sa chute, "au coeur du système de purge", selon Solomon Kane, auteur d'un Dictionnaire des Khmers rouges.

"Il existe des éléments substantiels et évidents" pour prouver que Nuon Chea a joué un rôle "moteur" et "central" dans "la préparation" et la "mise en oeuvre" de la "politique d'exécution" du régime, ont également écrit les chercheurs Stephen Header et Brian Tittemore dans un ouvrage sur cette période.

En 1998, après la chute du dernier bastion khmer rouge à Anlong Veng, Nuon Chea fait défection et se rallie au gouvernement.

Il continue à vivre librement dans la région de Pailin (nord-ouest), dans une petite maison en bois avec son épouse, tout près de la frontière thaïlandaise.

Il est finalement arrêté en 2007, après avoir fait des aveux qu'il ne répètera pas devant la caméra du journaliste cambodgien Thet Sambath.

Dans le documentaire "Enemies of the people" ("Ennemis du peuple") sorti en 2009, Nuon Chea raconte ainsi calmement pourquoi les Khmers rouges avaient exécuté les "criminels" impossibles à "rééduquer".

"Ils ont été tués et détruits. Si nous les avions laissés vivre, la ligne du parti aurait été détournée. Ils étaient des ennemis du peuple".

Une confession d'un sang-froid effrayant diffusée lors du procès en 2011, devant un Nuon Chea impassible.

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