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Minorités menacées en Irak: le pape appelle à l'aide, réunion du Conseil de sécurité

07/08/2014 01:46 EDT | Actualisé 07/10/2014 05:12 EDT

Le Conseil de sécurité de l'ONU a entamé jeudi soir à New York des consultations à huis clos sur la situation dans le nord de l'Irak, où des milliers de civils, souvent issus de minorités religieuses, sont poussés à l'exode par l'avancée des jihadistes.

Des responsables religieux, patriarche chaldéen et pape François en tête, ont lancé un cri d'alarme jeudi, demandant à la communauté internationale de protéger ces civils victimes de persécutions.

La réunion du Conseil a été demandée par la France, qui envisage de soutenir les forces, notamment kurdes, qui combattent ces jihadistes de l'Etat islamique.

Le président américain Barack Obama pourrait de son côté annoncer prochainement des frappes aériennes ou des largages d'aide humanitaire.

La Maison Blanche a condamné jeudi la dernière offensive des jihadistes, parlant d'une situation "proche de la catastrophe humanitaire".

Dans un communiqué publié peu avant le début de la réunion du Conseil, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a "appelé la communauté internationale (...) à soutenir le gouvernement irakien et à faire tout ce qui est possible pour aider à soulager les souffrances de la population affectée par le conflit en Irak".

Depuis Kirkouk (nord de l'Irak), le patriarche chaldéen Louis Sako, a parlé de "désastre humanitaire" et avancé le chiffre de 100.000 chrétiens poussés sur les routes, après la chute de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne du pays, aux mains de l'Etat islamique (EI).

Le pape François a lancé un appel urgent à la communauté internationale pour protéger ces populations.

Début juin, la chute de Mossoul, deuxième ville du pays, tombée aux mains de l'EI, avait déjà suscité l'inquiétude de la communauté internationale, en particulier du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, de l'Union européenne et de la Ligue arabe. Quelque 500.000 civils avaient alors fui les combats dans cette ville du nord de l'Irak.

Face à cette menace des jihadistes "pour toute la région", Washington avait souhaité une "réponse forte". L'Iran chiite avait même offert sa coopération à l'ennemi américain pour lutter contre l'insurrection des combattants sunnites de l'EI.

La vague d'indignation et la prise dimanche de Sinjar (nord de l'Irak) par l'EI ont débouché mardi sur une simple déclaration des 15 membres du Conseil de sécurité condamnant les persécutions à l'encontre des minorités.

Selon cette déclaration, ces persécutions "peuvent constituer un crime contre l'humanité" et l'Etat islamique représente désormais "une menace pour la paix, la sécurité et la stabilité régionales".

- "Passivité", "indécision" -

"Après la chute de Mossoul, on a cru déceler un frémissement du côté des Etats-Unis, de l'Iran mais un mois après, les jihadistes continuent d'avancer", observe Jean-Charles Brisard, consultant international, spécialiste du terrorisme.

Selon lui, c'est la "passivité internationale", voire "l'indécision" des pays occidentaux qui ont facilité l'avancée de ces combattants en Irak, très structurés militairement et bénéficiant de l'aide massive de pays du Golfe.

Les Etats-Unis qui s'étaient dit prêts à renvoyer des conseillers militaires après avoir retiré tous leurs soldats en 2011, hésitent à apporter un soutien massif au régime irakien qu'ils n'hésitent pas à critiquer et qui est dirigé par un chiite proche par ailleurs du Syrien Bachar al-Assad.

"On est piégé parce qu'on a été trop attentiste", estime M. Brisard, critique également à l'égard de la France qui fait du "cosmétique", en facilitant l'accueil de chrétiens persécutés d'Irak en France. La mesure avait été annoncée fin juillet par les autorités françaises.

De nombreuses voix en France, au sein de la classe politique, des autorités religieuses et des défenseurs des droits de l'homme, se sont élevées ces derniers jours pour exhorter les autorités à agir en faveur des chrétiens d'Orient.

"La panique s'est emparée du nord-ouest de l'Irak", affirme l'ONG Amnesty Internatinal qui parle de dizaines de milliers de personnes en fuite. Selon Donatella Rovera, sa représentante, qui est actuellement dans la région et qui décrit la fuite des résidents et de ceux qui avaient déjà été déplacés, leur situation, "particulièrement celle des minorités Yazidi et chrétienne, devient de plus en plus désastreuse".

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