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Malgré la faim, les jihadistes et ... les abeilles: tenter de survivre dans les montagnes irakiennes

07/08/2014 01:08 EDT | Actualisé 07/10/2014 05:12 EDT

Quand Fares Sinjari Abou Ivan a vu des hélicoptères de l'armée irakienne livrer les provisions tant attendues, il s'est dit qu'il pourrait enfin donner de quoi manger à sa mère, pour la première fois en deux jours.

"Mais apparemment, dieu nous en veut", raconte l'apiculteur de 45 ans qui a dû fuir, comme des milliers d'autres membres de la minorité Yazidi, pour échapper aux combattants jihadistes qui ont pris sa ville de Sinjar dimanche. Il se cache depuis dans les montagnes désertiques aux alentours.

"Le pain que nous attendions a atterri au milieu des ruches. Personne n'ose y aller parce nous n'avons pas notre protection habituelle", explique-t-il à l'AFP par téléphone.

Il raconte que parmi ceux qui ont fui l'attaque des jihadistes menés par l'Etat islamique (EI), certains vivent désormais dans d'anciennes grottes au creux d'un pli de la montagne.

Ils économisent les batteries de leur téléphone, explique Abou Ivan, pour pouvoir communiquer autant que possible avec le gouvernement et les agences qui ont promis de les aider.

"Nous sommes épuisés parce que nous mourrons de faim", dit-il, "il n'y a rien ici".

Dès samedi, quand les insurgés se sont approchés de Sinjar, Abou Ivan a envoyé sa femme et sa fille avec l'un de ses frères rejoindre la ville de Dohouk, au Kurdistan irakien, relativement épargnée par les combats.

"Mais ma mère a 80 ans, et elle peut à peine marcher. On ne pouvait pas la laisser seule, alors on l'a emmené là haut", ajoute l'apiculteur.

Les Yazidis, une minorité kurdophone adepte d'une religion pré-islamique en partie issue du zoroastrisme, considèrent le diable comme le chef des anges qu'ils représentent par le paon, ce qui leur vaut l'appellation fréquente d'"adorateurs du Diable".

La petite minorité risque de se faire massacrer ou de mourir de faim, ont mis en garde plusieurs de ses leaders.

Abou Ivan raconte d'ailleurs que certains, qui ont tenté de fuir mercredi, n'ont pas toujours eu de chance.

"Nous avons parlé avec certains qui sont parvenus à passer en Turquie. Dans leur fuite, ils ont croisé Daash (l'acronyme arabe de l'Etat islamique, ndlr). Certains ont fui, d'autres ont été tués, et quelques-uns sont revenus dans les montagnes.

Quelque 800 Yazidis sont arrivés en Turquie depuis mercredi, selon les autorités turques, et des combattants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) ont affirmé jeudi avoir ouvert un corridor sécurisé pour faire passer des familles vers le nord de la Syrie.

Mais les Yazidis sont répartis en petits groupes sur une soixantaine de kilomètres, ce qui rend la tâche ardue.

"Aujourd'hui, nous avons toutefois reçu un cadeau du ciel", raconte Abou Ivan. "Un avion irakien nous a sauvés, il a frappé les combattants de Daash alors qu'ils se dirigeaient vers nous. Ils étaient à deux doigts de nous trouver".

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