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Ebola: Liberia et Sierra Leone se barricadent, le premier patient européen transféré en Espagne

07/08/2014 12:29 EDT | Actualisé 07/10/2014 05:12 EDT

L'armée libérienne limitait jeudi les mouvements de population à la suite de la proclamation de l'état d'urgence, approuvé jeudi en Sierra Leone voisine, des efforts de plus en plus désespérés pour enrayer la progression de l'épidémie de virus Ebola.

L'Europe a pour sa part accueilli jeudi un premier malade d'Ebola rapatrié, un missionnaire espagnol contaminé au Liberia, quelques jours après le rapatriement de deux patients aux Etats-Unis, qui ont porté leur alerte sanitaire au niveau le plus élevé.

Face à la plus grave épidémie de l'histoire de cette fièvre hémorragique depuis son apparition en 1976, avec plus de 930 morts, les appels aux moyens extraordinaires se multipliaient, suscitant notamment une polémique sur l'éventuelle utilisation de traitements prometteurs encore expérimentaux.

Au Liberia, l'armée a reçu ordre de limiter les mouvements de la population et contrôlait strictement les accès à la capitale, Monrovia, en provenance de provinces touchées.

Des centaines de personnes étaient bloquées par des barrages militaires entre les provinces du nord et celle de Monrovia, avant même la déclaration dans la nuit de l'état d'urgence par la présidente Ellen Johnson Sirleaf.

"L'ampleur et l'échelle de l'épidémie, la virulence et la mortalité du virus dépassent maintenant les capacités et les prérogatives de quelque agence gouvernementale ou ministère que ce soit", a affirmé Mme Sirleaf, estimant que la situation "exigeait des mesures extraordinaires pour la survie de l'Etat".

Elle a en conséquence décrété l'état d'urgence pour 90 jours, prévenant que "le gouvernement prendrait des mesures extraordinaires, y compris, si nécessaire, la suspension de certains droits et privilèges".

"Conformément à la volonté de la commandante en chef, les forces armées du Liberia ont lancé l'opération +Bouclier blanc+", a déclaré le ministre de la Défense Burnie Samuka, annonçant la mise en place de barrages dans plusieurs localités pour limiter, voire arrêter complètement les déplacements.

Dans la province de Lofa, limitrophe de la Sierra Leone et de la Guinée, les deux autres pays en proie à l'épidémie, la ville de Gbakedou sera mise en quarantaine sur recommandation des autorités sanitaires, a précisé le ministre.

"La déclaration de la présidente est survenue dans la nuit alors que nous sommes ici depuis hier après-midi sans nourriture ni eau. On ne peut pas rester là bloqués sous la pluie sans nourriture, ni eau, et sans abri", a déploré un habitant arrêté à un barrage en direction de Monrovia, Jackson Freeman.

-'Ni gants ni combinaisons médicales'-

En Sierra Leone, ce sont 750 soldats assistés par 50 infirmiers militaires qui étaient mobilisés depuis mercredi pour faire respecter les mesures de quarantaine autour des centres accueillant des malades, surtout dans l'est, aux confins de la Guinée et du Liberia.

Le Parlement sierra-léonais, renvoyé à la suite de l'état d'urgence décrété le 1er août pour 60 à 90 jours par le président Ernst Bai Koroma, s'est réuni exceptionnellement pour ratifier cette décision à l'unanimité.

Au Nigeria, où une deuxième mort a été enregistrée mercredi, une infirmière qui avait soigné un passager du Liberia, décédé le 25 juillet, les médecins des hôpitaux publics en grève depuis le 1er juillet, ont annoncé jeudi la suspension de leur mouvement, eu égard à la gravité de la situation.

Les deux décès d'Ebola au Nigeria sont survenus à Lagos, ville la plus peuplée d'Afrique subsaharienne, avec de plus de 20 millions d'habitants, qui compte aussi cinq cas confirmés, placés en quarantaine.

Avant l'état d'urgence, le Liberia avait déjà pris une série de dispositions exceptionnelles, dont la mise en congé forcé pour 30 jours des fonctionnaires non essentiels, la fermeture des écoles et la désinfection des lieux publics, sans parvenir à enrayer le virus.

Jeudi, le syndicat libérien des travailleurs de la Santé a menacé de se mettre en grève si le gouvernement ne lui fournissait pas le matériel nécessaire contre Ebola.

"Nous n'avons pas de gants, ni de combinaisons et autres équipements requis", a déclaré à la radio publique Deemi Dearzrua, secrétaire général du syndicat. "Nos collègues meurent d'Ebola pare qu'ils ont décidé de sauver des vies. Nous n'en pouvons plus", s'est-il indigné.

Au Liberia comme en Sierra Leone, outre le secours de l'armée, les autorités ont aussi sollicité des prières pour implorer une protection divine contre l'épidémie.

Le virus se transmet par contact direct avec le sang, les liquides biologiques ou les tissus de personnes ou d'animaux infectés. Il provoque une fièvre caractérisée par des hémorragies, des vomissements et des diarrhées. Son taux de mortalité varie de 25 à 90%.

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