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Des atrocités des Khmers rouges au procès: quelques clés

07/08/2014 02:20 EDT | Actualisé 06/10/2014 05:12 EDT

Le tribunal de Phnom Penh parrainé par l'ONU a condamné jeudi les deux plus hauts dirigeants khmers rouges encore vivants à la prison à vie pour crimes contre l'humanité.

Voici quelques éléments pour comprendre les faits, le tribunal et les affaires en cours.

LE REGIME KHMER ROUGE:

Le mouvement révolutionnaire des Khmers rouges prend le pouvoir au Cambodge le 17 avril 1975. Pol Pot veut construire une utopie marxiste. Il abolit la religion, les écoles, la monnaie, vide les villes au profit de fermes collectives dans les campagnes. Paranoïaque, le régime multiplie les purges que justifient de multiples "complots".

Quelque deux millions de Cambodgiens, soit environ un quart de la population, meurent d'épuisement, de famine, de maladie ou à la suite de tortures et d'exécutions.

Les Khmers rouges sont chassés du pouvoir le 7 janvier 1979 par le Vietnam, allié à d'ex-membres du mouvement ayant fait défection, dont Hun Sen, actuel Premier ministre. Ils deviennent rebelles, avec le soutien militaire de Pékin et l'assentiment des Etats-Unis et de leurs alliés. Le mouvement s'effondre à la fin des années 1990.

LE TRIBUNAL:

Le Cambodge et l'ONU signent en 2003 un accord pour la création des Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens (CETC), qui sont établies en 2006.

Travaillant en langues khmère, anglaise et française, elles mélangent les droits internationaux et cambodgien, et les cultures juridiques française et anglo-saxonne. Le mandat du tribunal lui permet de juger les plus hauts responsables du régime, et des crimes commis entre 1975 et 1979. La peine de mort a été exclue, ainsi que les compensations financières aux victimes.

Financé en majorité par l'étranger, le tribunal, qui a dépensé jusqu'ici environ 215 millions de dollars, est constamment en manque d'argent. Il est également très critiqué pour ses lenteurs et des manifestations d'ingérence du gouvernement cambodgien.

LES ACCUSES:

Kaing Guek Eav, alias Douch, ex-chef de la prison de Tuol Sleng à Phnom Penh, a été condamné en 2010 à 30 ans de détention, puis à la perpétuité en appel en 2012.

En 2011 a commencé le procès pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide du "Frère numéro 2" et idéologue Nuon Chea, du président du "Kampuchéa démocratique" Khieu Samphan, du ministre des Affaires étrangères Ieng Sary et de son épouse, Ieng Thirit, ministre des Affaires sociales du régime.

Mais cette dernière a été depuis considérée inapte à être jugée pour cause de démence, puis libérée en 2012. Son mari est décédé en 2013 à 87 ans.

Pour tenter d'obtenir au moins un verdict avant la mort des accusés octogénaires, la procédure a été découpée.

La condamnation à la prison à vie jeudi de Nuon Chea et Khieu Samphan concerne les crimes contre l'humanité liés aux déplacements forcés de population, en particulier l'évacuation en quelques jours et sous la menace des quelque deux millions d'habitants de la capitale.

Leur deuxième procès a commencé fin juillet, il doit couvrir d'autres crimes contre l'humanité ainsi que les accusations de génocide, qui concernent uniquement les Vietnamiens et la minorité musulmane des Chams.

CEUX QUI ONT ECHAPPE A LA JUSTICE:

Pol Pot, "Frère numéro un", est mort en 1998 à l'âge de 73 ans, sans être inquiété.

Ta Mok, commandant redouté de la zone sud-ouest du Cambodge, surnommé "Le Boucher", est décédé en 2006 à l'âge de 80 ans. Arrêté en 1999, il devait être jugé.

Le tribunal ayant un mandat limité aux plus hauts responsables, des milliers de cadres moins élevés et de combattants ne seront jamais jugés.

Le tribunal enquête sur deux autres dossiers controversés, mais le gouvernement cambodgien répète inlassablement son opposition à d'autres procédures.

bur-abd/pt

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