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Turquie: polémique après un commentaire anti-arménien du candidat Erdogan

06/08/2014 06:38 EDT | Actualisé 06/10/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre turc et candidat à l'élection présidentielle de dimanche Recep Tayyip Erdogan a suscité mercredi une nouvelle polémique en assimilant à une insulte le fait que ses rivaux lui ont attribué des origines arméniennes.

"Certains ont dit que j'étais d'origine géorgienne. Et, encore plus déplaisant, ils ont prétendu, excusez-moi, que j'étais arménien. Autant que je le sache de mon père et de mon grand-père, je suis turc", a déclaré M. Erdogan lors d'un entretien télévisé diffusé mardi soir par la chaîne d'information NTV.

La petite phrase du grand favori du scrutin présidentiel, qui dirige le pays depuis 2003, a sans surprise provoqué l'indignation sur les réseaux sociaux.

Un député influent du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), Hürsit Günes, a dès mercredi déposé une plainte en Justice contre le chef du gouvernement pour "propos racistes", a rapporté le quotidien Milliyet.

"Excuse-moi mais va-t-en et deviens le président d'un autre pays", lui a lancé sur Twitter un journaliste turc d'origine arménienne, Hayko Bagdat.

"Il est déplaisant d'être un Arménien ou bien est-ce que c'est une honte ? S'il vous plaît, expliquez-vous, maintenant !", a renchéri sur les réseaux sociaux une présentatrice de la chaîne de télévision privée CNN-Türk, Nevsin Mengu.

Même le Parti de l'action nationaliste (MHP), pourtant peu suspect de brader le prestige de la Turquie, a tiré à boulets rouges sur le Premier ministre.

"Nous avons des nouvelles du XXIe siècle à faire passer à Erdogan: être arménien n'est pas un crime, une faute, déplaisant, embarrassant ou coupable. Ses paroles constituent un crime d'incitation à la haine puni par nos lois", a écrit le mouvement d'opposition.

- 'Maladie du dirigeant fou' -

La déportation et le massacre de plusieurs centaines de milliers d'Arméniens par les troupes de l'Empire ottoman en 1915, qu'Ankara refuse de considérer comme un génocide à l'inverse de nombreux autres pays, est un sujet sensible en Turquie.

M. Erdogan a présenté en avril des condoléances inédites à la communauté arménienne de Turquie, niant cependant tout génocide.

Depuis le début de sa campagne présidentielle, M. Erdogan, 60 ans, connu pour sa rhétorique volontiers clivante et provocatrice, a multiplié les références ethniques et confessionnelles dans ses discours.

Le week-end dernier, il a exhorté le chef du CHP, Kemal Kiliçdaroglu, à revendiquer sa confession alévie, une minorité musulmane progressiste, et a rappelé la sienne. "Kiliçdaroglu, toi, tu peux être alévi. Je te respecte. N'hésite pas, n'aie pas peur. Affirme-le sans crainte. Moi, je suis sunnite".

L'électorat turc est très majoritairement conservateur et sunnite.

M. Erdogan a également publiquement désigné comme "l'Egyptien" son principal rival à la présidentielle, le candidat d'opposition Ekmeleddin Ihsanoglu, qui a étudié au Caire. Et il a souligné que son troisième adversaire à ce scrutin, le Kurde Selahattin Demirtas, appartenait en fait à l'ethnie zaza.

"Oui, Kiliçdaroglu est alévi, Demirtas est zaza et Ihsanoglu est égyptien et vous êtes un voleur", a titré en "une" cette semaine le quotidien de gauche BirGun, en référence au scandale de corruption qui vise M. Erdogan et plusieurs de ses proches.

Le Premier ministre a tous les symptômes de la "maladie du dirigeant fou", a renchéri mercredi la députée d'opposition Aytun Ciray.

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