POLITIQUE

Enchères sur le spectre sans-fil: les conservateurs accusés de «favoritisme» envers Québecor

06/08/2014 04:00 EDT | Actualisé 06/08/2014 04:10 EDT
CP

Les partis d’opposition remettent en question la décision du gouvernement Harper d’élargir le marché du sans-fil possiblement à Vidéotron, dont l’actionnaire majoritaire est le député péquiste Pierre Karl Péladeau.

La compagnie Québecor, qui possède également le réseau Sun News, pourrait donc être dans les bonnes grâces des conservateurs et du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Ottawa voulait faire passer de trois à quatre le nombre de fournisseurs de services sans fil dans chaque région du Canada.

«En politique, on se demande toujours pourquoi certaines décisions sont prises, et vendre le spectre à une valeur moindre est une perte pour les contribuables, je pense», a fait savoir Judy Sgro, la porte-parole libérale en matière d’industrie, au Huffington Post Canada cette semaine.

Les enchères du spectre sans-fil, qui auront lieu au printemps prochain, réservera deux blocs du spectre: un plutôt large pour les fournisseurs qui détiennent moins de 10% du marché national et 20% dans les provinces, comme Wind et Mobilicity, et un autre bloc ouvert à tous les joueurs de l’industrie.

Plusieurs analystes prédisent que Vidéotron achètera ou formera un partenariat avec Wind et Mobilicity afin de miser sur le spectre à moindre coût qu’offre le gouvernement et ainsi étendre ses réseaux au pays.

Le deuxième bloc promet une lutte féroce entre les trois principaux fournisseurs au pays, Rogers, Telus et Bell, qui tenteront d’obtenir des licences de 20 ans. Sasktel, le quatrième joueur en importance en Saskatchewan, s’est déjà plaint de se sentir écrasé par ces nouvelles règles.

En entrevue avec le Huffington Post, le vice-président des affaires règlementaires et conseiller juridique John Meldrum se demande pourquoi le gouvernement fédéral n’était pas concerné par la viabilité des quatrièmes joueurs opérant déjà dans les marchés régionaux.

Ce qui fait hausser les sourcils de l’opposition et des analystes, toutefois, est le bas prix choisi par Ottawa pour la première offre, soit approximativement 0,10$/MHz.

En comparaison, une enchère similaire en 2008 commençait à 0,20$/MHz, soit deux fois plus cher. Et, comme fait savoir l’analyste de Scotia Capital Jeff Fan, un chiffre bien moindre comparés au 0,61$/MHz que les États-Unis fixent dans une enchère équivalente cet automne.

Un consultant indépendant en télécommunications, Mark Goldberg, dans une entrevue avec The Wire Report, juge que ces prix dérisoires sont «tout un cadeau des contribuables canadiens».

Judy Sgro dit qu’elle est incertaine si le gouvernement a fait exprès de baisser l’offre initiale pour les enchères à venir pour se «sauver la face» et faire venir un quatrième joueur dans le secteur ou s’il favorise la compagnie parente à Sun News et «prend cette voie spécifiquement pour ouvrir la voie à Québecor qui prendra de l’expansion».

La chaîne de télévision anti-Justin Trudeau et pro-conservateurs n’enregistre aucun profit depuis sa création et perd des millions de dollars chaque année.

«Ça ne vous sonne pas une cloche?» questionne Judy Sgro.

«Je pense que les gens devraient au moins penser à ça et faire ce qui est nécessaire pour s’assurer que le Canada n’est pas perdant», ajoute-t-elle.

Dan Harris, l’ancien porte-parole du NPD en matière d’industrie, pense quant à lui que les Canadiens ne feront pas attention aux liens entre les conservateurs et Québecor. En autant que les prix baissent face à la concurrence, soupçonne-t-il, ça ne dérangera pas grand monde.

«Je veux dire, on parle d’un souverainiste [Pierre Karl Péladeau, actionnaire majoritaire], et de Sun News, et des conservateurs… ce peut être vu comme du favoritisme», laisse-t-il tomber.

Mais ce qui est plus préoccupant, dit-il, est que les conservateurs font des pieds et des mains pour une compagnie, peu importe laquelle, afin d’avoir ce quatrième concurrent dans le sans-fil.

«Ce n’est pas le libre marché que les conservateurs prônent… Nous ne devrions pas choisir les gagnants et les perdants», rappelle le député.

Le conservateur Peter Goldring croit que les citoyens n’auront rien contre un nouveau fournisseur dont l’actionnaire majoritaire est séparatiste tant et aussi longtemps que les règles sont équitables et que Québecor n’ait pas été avantagé.

Ce n’est pas un secret que le ministre de l’Industrie James Moore croit en l’utilité d’un quatrième fournisseur national de sans-fil afin de diminuer la facture de téléphone cellulaire des Canadiens.

La porte-parole du ministre, Jessica Fletcher, a dit au HuffPost mardi que les bas prix aux enchères, et tout ce que le gouvernement fait, encourage la compétition du marché.

«Les règles d’enchères sont cohérentes avec les précédantes depuis que nous formons le gouvernement. Les règles sont là pour encourager une compétition saine, qui mène à plus de choix et des prix plus bas pour les consommateurs.»

Elle a toutefois refusé de commenter les allégations des partis d’opposition sur le traitement de faveur réservé à Québecor.

L’année dernière, le gouvernement fédéral a mené une campagne de 9 millions$ - vue comme une attaque contre Rogers, Telus et Bell - afin de convaincre les Canadiens qu’ils devaient avoir «plus d’options» et «des plus bas prix» dans le domaine du sans-fil.

Des rumeurs voulant que Verizon perce le marché canadien avaient fait couler beaucoup d’encre, mais le géant américain du sans-fil a décidé de ne pas s’investir davantage. C’est plutôt Québecor qui est reparti avec des licences de spectre 700 MHz pour opérer en Ontario, Alberta et Colombie-Britannique - des endroits où il n’y a pas de quatrième fournisseur.

À l’annonce des résultats du deuxième trimestre, la semaine dernière, le PDG de Québecor Pierre Dion a dit que la compagnie ne plongerait pas dans une telle aventure la tête baissée sans baisser les tarifs pour les frais d’itinérance.

Le CRTC devrait entendre la cause en septembre et rendre sa décision en janvier 2015, alors que les enchères devraient commencer en avril. Ceci pourrait changer le paysage du sans-fil pour tous fournisseurs confondus ce qui, dans certains cas, doivent dépendre des réseaux des autres pour satisfaire leur clientèle.


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