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RDC: le député d'opposition en "prison" et non en "résidence surveillée" (avocat)

06/08/2014 05:13 EDT | Actualisé 06/10/2014 05:12 EDT

Le député d'opposition Jean-Bertrand Ewanga, accusé d'offense au président congolais Joseph Kabila, a été placé en "prison" et non en "résidence surveillée" comme l'avait ordonné la Cour suprême de justice à Kinshasa, a indiqué mercredi l'un de ses avocats.

"Il a passé la nuit à la prison de Makala en violation de l'ordonnance de la Cour suprême", a déclaré à l'AFP l'avocat et député Jean-Baudouin Mayo, accusant le parquet général d'être à l'origine de ce placement "arbitraire" dans un établissement pénitentiaire.

Selon ses avocats, M. Ewanga est accusé d'"outrage au chef de l'Etat et d'incitation à la haine tribale".

"Il n'est pas encore condamné: qu'est-ce qu'il fait en prison ? Est-ce que Makala est une résidence surveillée ? Franchement, nous sommes inquiets", a déclaré à l'AFP une fille du député, sous le couvert de l'anonymat.

Lundi, des milliers de personnes s'étaient réunies dans la capitale congolaise à l'appel d'une dizaine de partis de l'opposition et d'organisations de la société civile hostiles à toute modification de la Constitution qui permettrait au président Kabila de briguer un troisième mandat en 2016.

Le député Ewanga, secrétaire général de l'Union pour la nation congolaise (UNC), troisième parti d'opposition, en était l'un des principaux orateurs. "Nous disons +non+ à la modification de la Constitution", avait-il déclaré, exhortant le chef de l'Etat à "partir" en 2016, à la fin de son deuxième mandat.

Mardi à l'aube, des agents, dont des policiers, se sont "introduits" chez le parlementaire "munis d'un mandat d'amener délivré par le procureur au motif d'incitation à la haine", a indiqué l'UNC, citant des membres de sa famille.

Dans l'après-midi, un groupe d'opposants a exigé la libération "sans conditions" du député "dans les 24 heures", faute de quoi ils "se constitueront prisonniers".

Dans la soirée, la Cour suprême a ordonné "l'assignation en résidence surveillée" de l'accusé.

Scott Campbell, responsable des droits de l'Homme pour l'ONU en République Démocratique du Congo, a rappelé mercredi que la "liberté d'expression, d'opinion, le droit à la manifestation pacifique" devaient être respectés à "tout moment mais surtout en période préélectorale", et qu'il fallait toujours "respecter la loi".

"Je crois qu'il faut bien étudier les propos précis" du député Ewanga pour "voir exactement si ce qu'il aurait dit constitue une infraction ou pas", a-t-il expliqué lors de la conférence de presse hebdomadaire de la mission de l'ONU.

Puis il s'est demandé si la procédure de "flagrance" intentée était "appropriée" et si "mettre (...) un membre du parlement dans la prison centrale de Makala directement" pouvait favoriser "un débat public ouvert et dans la serénité".

Joseph Kabila, arrivé au pouvoir en 2001, a été élu en 2006 au terme des premières élections libres du pays et a été réélu en 2011 dans des circonstances contestées. Selon la Constitution, il ne peut pas se représenter en 2016 mais l'opposition soupçonne son camp de manoeuvrer pour changer la donne.

hab/cgu/ros

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