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Rafah, ville martyre, prie pour la paix dans la bande de Gaza

06/08/2014 09:04 EDT | Actualisé 06/10/2014 05:12 EDT

Sous un soleil écrasant, des hommes creusent des tranchées dans un cimetière de sable pour y déposer les corps des victimes du déluge de feu israélien qui s'est abattu sur Rafah, ville martyre de la bande de Gaza qui prie pour la paix.

Vendredi 1er août: l'armée israélienne et le Hamas sont censés observer leur premier cessez-le-feu bilatéral. C'est pourtant ce jour-là que commence le pilonnage de cette ville stratégique du sud de l'enclave palestinienne, au sol parcouru de tunnels qui permettraient au Hamas d'importer des armes de contrebande via l'Egypte.

Pour Israël, le Hamas a rompu le cessez-le-feu en attaquant ses soldats: deux sont morts, un troisième a disparu. Après avoir évoqué une possible capture, l'armée l'a déclaré mort dimanche matin.

Le Hamas nie avoir violé le cessez-le-feu. Mais Rafah va connaître l'enfer pendant trois jours.

"Les chars sont rentrés ici. Ça bombardait du ciel, de la terre, de la mer. Les bombes pleuvaient de partout. Je n'avais jamais vu une telle chose de toute ma vie", témoigne Mohammed Abou Luli, 50 ans, qui a quitté sa maison en attendant la fin de cet orage de plomb.

Dans des quartiers de Rafah, les maisons sont aplaties ou traversées par des obus. L'asphalte a éclaté sous le poids des chars israéliens. Au bout d'un champ de gravats bée un étrange trou: un tunnel qu'auraient emprunté les combattants du Hamas.

Au pic des combats vendredi, leur refuge souterrain leur a été d'une grande aide, affirme un jeune barbu en désignant du doigt le trou d'un mètre de diamètre ouvrant sur un étroit tunnel.

- "Personne n'aime la mort" -

"Nos combattants sont sortis de derrière les chars et les ont arrosés de balles et de roquettes", soutenait sur place mardi un militant islamiste avant de prendre la fuite.

Mercredi à l'aube, une pelle mécanique rabotait le sable pour couvrir le tunnel éviscéré, sous le regard de militants hostiles à la présence des caméras.

Arborant une longue barbe blanche, Mahmoud Abou Luli, le frère de Mohammed, s'est réfugié dans une école de l'ONU dès le début des hostilités.

"Mais il y a eu un bombardement israélien juste devant l'école, dans la rue. J'ai tout vu, il y avait une mare de sang au sol", raconte-t-il. "Rafah est une ville martyre!"

Les hommes du quartier opinent du chef pendant que les enfants ramènent des éclats d'obus glanés sur le terrain.

Les tirs étaient si intenses que les habitants n'ont pu enterrer leurs morts le jour même ou le lendemain comme le veut la tradition islamique.

Ce n'est qu'avec la trêve de trois jours entre le Hamas et Israël, amorcée mardi, que les habitants ont pu commencer à sortir la tête hors de chez eux et à inhumer les défunts, enfournés jusqu'alors dans des morgues bondées.

Dans un cimetière à une centaine de mètres de la frontière égyptienne, des hommes creusent des tranchées dans le sable et y déposent des blocs de ciment rectangulaires qui tiendront lieu de tombe. Chaque corps aura son petit espace, mais tous seront ensevelis dans la même fosse.

Déjà, une trentaine de petits monticules anonymes se dressent dans ce cimetière duquel sortent en vitesse les proches endeuillés de Sumaya Abid Duhair, une infirmière tuée dans une frappe aérienne sur sa maison.

"Il faut continuer à travailler car d'autres corps seront enterrés ici", souffle Nidal Shalagel, un trentenaire corpulent venu prêter main-forte. "C'est assez! Nous avons de besoin de la paix. Personne n'aime la mort", dit-il.

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