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La Chine épingle Audi et Chrysler pour pratiques "monopolistiques"

06/08/2014 03:57 EDT | Actualisé 05/10/2014 05:12 EDT

La pression s'accroît sur les constructeurs automobiles étrangers en Chine, où les autorités ont annoncé mercredi préparer des sanctions pour l'allemand Audi et l'américain Chrysler, accusés de pratiques commerciales "monopolistiques".

"Il a été constaté que ces deux entreprises avaient des comportements monopolistiques, et elles seront sanctionnées conformément à la loi", a indiqué Li Pumin, porte-parole de la NDRC, l'une des autorités chinoises de la concurrence, lors d'une conférence de presse.

La puissante Commission nationale pour la réforme et le développement (NDRC) a précisé qu'elle enquêtait depuis plus de deux ans sur le secteur automobile, dominé en Chine par les constructeurs étrangers et leurs coentreprises.

Mais les choses se sont brusquement accélérées, avec la révélation mardi d'une enquête visant l'allemand Mercedes-Benz (groupe Daimler), puis ces accusations sévères portées mercredi.

Contacté par l'AFP, Chrysler (désormais filiale du groupe Fiat Chrysler) n'a pas souhaité faire de commentaire.

De son côté, une porte-parole d'Audi, marque premium de l'allemand Volkswagen, a confirmé l'enquête visant la marque et assuré "coopérer avec la NDRC".

Elle s'est cependant refusée à de plus amples commentaires, soulignant que "les enquêtes n'étaient pas complètement achevées".

Daimler avait quant à lui annoncé mardi "apporter son concours" aux autorités, au lendemain d'une perquisition de la NDRC dans un bureau de Mercedes-Benz à Shanghai.

M. Li a confirmé mercredi l'existence d'une enquête visant Mercedes. Il a également indiqué que 12 firmes japonaises --non nommées-- faisaient l'objet d'investigations pour des politiques de prix "monopolistiques".

- Onéreuses pièces détachées -

Depuis l'an dernier, les régulateurs chinois ont lancé de vastes enquêtes contre de grands groupes étrangers, notamment des laboratoires pharmaceutiques, des fabricants de lait infantile ou, plus récemment, des firmes informatiques et de nouvelles technologies.

Mais la NDRC avait également affiché son intention de se pencher sur le secteur automobile.

Peu de détails ont été fournis mercredi sur les infractions, constatées ou suspectées, aux "lois antimonopoles".

Cependant, les autorités avaient précédemment fait part de leurs préoccupations concernant les prix des véhicules et des pièces détachées, considérés comme exagérément élevés.

Les constructeurs étrangers, quant à eux, se justifient en faisant valoir qu'ils répercutent sur leurs prix de vente les lourdes taxes douanières imposées par Pékin sur les importations de voitures et éléments automobiles.

"Les concessionnaires et les consommateurs chinois se plaignent déjà depuis des années" des tarifs jugés exorbitants pratiqués par les constructeurs, a commenté Yale Zhang, directeur du cabinet de recherche Automotive Foresight.

Selon M. Zhang, les autorités de la concurrence scrutent de près des pratiques commerciales répandues dans tout le secteur, tel que l'établissement de prix minimum imposés aux concessionnaires, et des restrictions sur le nombre de vendeurs de pièces détachées - ce qui contribue à maintenir des prix élevés.

Apparemment désireux d'apaiser le courroux des régulateurs, plusieurs constructeurs s'étaient précipités ces dernières semaines pour dévoiler d'importants rabais sur leurs prix.

- Des rabais en cascade -

Evoquant une enquête en cours dans le secteur, Daimler avait ainsi annoncé dimanche qu'il allait abaisser drastiquement les prix de plus de 10.000 pièces détachées pour ses voitures Mercedes-Benz en Chine à partir du 1er septembre.

Son concurrent Audi avait fait part la semaine dernière de réductions allant jusqu'à 38% pour ses pièces détachées en Chine à partir du 1er août.

De son côté, Chrysler avait indiqué mardi qu'il revoyait en nette baisse les prix à la fois de ses pièces détachées et de certains modèles Jeep, selon l'agence Dow Jones.

Les entreprises accusées en Chine d'abuser de leur position dominante, sur un marché donné, pour imposer leurs prix peuvent se voir confisquer "les gains illicites" et infliger des amendes correspondant jusqu'à 10% de leurs revenus de l'année précédente.

Les enjeux sont de taille: la Chine est devenue un marché crucial pour les grands constructeurs mondiaux, confrontés à un fléchissement des ventes dans d'autres régions, notamment en Europe.

L'année dernière, les ventes de voitures en Chine ont bondi de presque 14%, à 21,98 millions de véhicules, marquant une nette accélération.

Pour Volkswagen, il s'agit du marché "le plus important": sa marque Audi y réalise notamment de spectaculaires performances, ayant vu ses ventes s'y envoler de 21% l'an dernier.

Dans un autre développement des actions lancées tous azimuts par les autorités chinoises de la concurrence, l'administration d'Etat pour l'industrie et le commerce (SAIC) avait annoncé la semaine dernière avoir ouvert une enquête "antimonopole" contre le géant informatique américain Microsoft.

bxs-jug/pt

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