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Dix ans pour arriver à destination : l'aventure de Rosetta en cinq questions

06/08/2014 10:14 EDT | Actualisé 06/10/2014 05:12 EDT

La sonde Rosetta est arrivée à destination, mais pourquoi son voyage vers la comète Tchourioumov-Guérassimenko a-t-il pris dix ans ? Que signifie cet exploit pour l'Europe spatiale ? Tour d'horizon d'une mission hors norme.

Q - Pourquoi Rosetta a-t-elle mis si longtemps pour arriver à destination ?

R - La sonde a parcouru plus de 6 milliards de km pour finalement rencontrer "Tchouri" à 405 millions de km "seulement" de la Terre. Simplement parce que les techniques actuelles de propulsion ne permettent pas de prendre une trajectoire plus directe et donc plus courte.

Pour accélérer sa course vers la comète, la sonde a dû utiliser les champs de gravité de la Terre et de Mars. Elle a ainsi parcouru quatre orbites autour du Soleil et s'est approchée trois fois de la Terre et une fois de Mars qui l'ont propulsée à la manière d'une fronde.

Elle a même dû être placée dans un coma artificiel pendant deux ans et demi, pendant la partie de l'orbite la plus éloignée du Soleil. Le rayonnement solaire était alors insuffisant pour alimenter en énergie tous les équipements.

Q - Rosetta est arrivée mercredi à destination. Qu'est-ce que ça veut dire ?

R - Il faut d'abord comprendre que Rosetta est une mission composée de deux éléments: l'orbiteur, appelé communément sonde et dont la mission est de tourner autour du noyau de la comète et de l'escorter au moins jusqu'à fin 2015. Puis son passager, l'atterrisseur, un robot laboratoire, baptisé Philae, qui aura la délicate mission d'atterrir sur le noyau de la comète.

Quand on dit que Rosetta a rejoint mercredi la comète, cela signifie que l'orbiteur s'est mis "en position quasi-stationnaire à 100 km" de son noyau, a précisé le CNES. La "véritable mise en orbite" aura lieu à partir de mi-septembre, quand Rosetta sera à 60 km, dans le champ de gravité de la comète.

Q - Que signifie cet exploit pour l'Europe spatiale ?

R - Des comètes, dont Halley, la plus célèbre, ont déjà été par le passé survolées ponctuellement par des véhicules spatiaux. Mais la mission Rosetta sera la première à suivre l'évolution d'une comète sur la durée. D'un coût total de 1,3 milliard d'euros, elle a mobilisé environ 2.000 personnes depuis 20 ans.

"Prouesse scientifique et technologique", Rosetta est aussi "un moment d'émotion absolument extraordinaire, à la frontière de la science et de l'aventure", a souligné la secrétaire d'Etat française à la Recherche, Geneviève Fioraso.

C'est "un nouvel exemple du caractère unique" du programme scientifique de l'Agence spatiale européenne, selon son directeur général Jean-Jacques Dordain. L'ESA, 50 ans cette année, compte 20 Etats membres, dont 18 également membres de l'UE.

Q - Et quel sort attend Philae ?

R - Point d'orgue de la mission, Philae aura le difficile honneur d'être le premier engin humain à se poser sur une comète.

Son largage est pour l'instant prévu autour du 11 novembre, depuis une hauteur de 2 à 3 km.

Toute la question est de savoir où. L'engin est conçu pour un atterrissage périlleux : dès que ses trois pattes auront touché le sol, un gaz va être émis par une tuyère afin de le plaquer à la surface de la planète et d'éviter un rebond fatal, du fait de la micro-gravité. Deux harpons, qui peuvent aller jusqu'à 2,5 m de profondeur, vont ensuite maintenir Philae accroché à la comète.

Cinq sites d'atterrissage possibles seront identifiés d'ici fin août, le choix interviendra à la mi-septembre. La surface "doit être aussi peu chaotique que possible", a souligné l'astrophysicien Philippe Lamy, d'une taille à peu près équivalente "à deux terrains de football".

Q - Que sait-on déjà de la comète ?

R - Elle est devenue très populaire depuis que les premières images prises par Rosetta ont montré une forme ressemblant à un canard ... de 4 km de large.

Sa surface est "incroyablement noire" , a révélé mercredi un expert de l'ESA.

Les scientifiques ont estimé la température moyenne en surface à -70°C, pas assez froid pour que la comète soit entièrement recouverte de glaces. Cela correspond plutôt à une surface poussiéreuse, "peut-être très douce", selon un autre expert.

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