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Canada: vaste pollution de l'eau, état d'alerte local

06/08/2014 04:46 EDT | Actualisé 06/10/2014 05:12 EDT

La rupture d'une digue d'un bassin de décantation d'eaux usées d'une mine de cuivre et d'or en Colombie-Britannique provoque une pollution sur un important réseau hydrographique de cette province de l'ouest canadien où l'état d'urgence a été décrété localement.

Compte tenu de la toxicité des produits utilisés par la mine du mont Polley, située entre les lacs Polley et Quesnel, il est strictement interdit aux populations de la région de consommer, de se baigner ou d'utiliser l'eau du bassin hydrographique en aval du lac Quesnel, a rappelé mercredi le district régional de Cariboo. Au total, plusieurs centaines de personnes sont touchées par cette pollution.

Les procédés de production d'or et de cuivre de la mine nécessitent l'usage de métaux ou de produits chimiques comme le sélénium, l'arsenic, le plomb, le cadmium ou encore le mercure, autant de produits toxiques qui se retrouvent ensuite dans le bassin de résidus, a expliqué le scientifique John Werring, de la fondation environnementale David Suzuki.

Le district Cariboo, situé dans les Rocheuses au nord-ouest de Vancouver, "a déclaré l'état d'urgence localement" afin de prendre toutes les mesures de sécurité nécessaires pour la bourgade de Likely, en aval du lac Quesnel, selon le communiqué.

La rupture de la digue du bassin de décantation de 4 km lundi a provoqué le déversement de "10 millions de mètres cubes d'eau et de 4,5 millions de mètres cubes de sable fin dans le lac Polley", avec un écoulement sur le réseau hydrographique local jusqu'à sa confluence avec la rivière Frazer, a indiqué Bill Bennett, ministre des mines de la Colombie-Britannique.

Pour illustrer l'ampleur de la catastrophe écologique, John Werring a souligné que les milliards de litres d'eau lâchés par la rupture du barrage étaient comparables au final "à un gigantesque glissement de terrain".

La largeur du lit du petit ruisseau d'Hazeltine creek, proche de la mine, qui est habituellement de 1,50 mètre est maintenant de 45 mètres, et tout a été balayé sur le passage des tonnes d'eau et de sable, a raconté John Werring à l'AFP. Ce ruisseau, lieu privilégié de pontes pour les saumons rouges par exemple, mais aussi d'autres espèces de poissons, ne sera plus fréquenté par ces dernières pendant plusieurs années.

Les autorités sanitaires ont insisté sur l'interdiction de consommer de l'eau sous toutes ses formes. Même en la faisant bouillir, l'eau reste impropre à la consommation. L'interdiction vaut également "pour les animaux domestiques comme pour le bétail", selon le ministère.

Le groupe Imperial Metals qui exploite la mine de cuivre et d'or, a indiqué ignorer "la cause de la rupture à ce stade". Les mesures ou le personnel sur place "n'ont donné aucune signe d'une rupture imminente", a ajouté l'entreprise minière.

Il est trop tôt pour mesurer l'ampleur de la catastrophe mais, selon John Werring, les métaux lourds vont se retrouver dans les chaînes végétales et animales pour plusieurs années, et la présence de cadmium ou de mercure sera détectable "sur les prochaines décennies".

Ces produits toxiques, qui vont se diluer dans les immenses réserves d'eau comme par exemple dans le lac Quesnel --long d'une quarantaine de kilomètres et profond par endroit de 500 mètres--, "ne sont pas une menace immédiate" pour la santé humaine si les gens ne consomment pas l'eau.

Pour appréhender la dangerosité de ces produits, M. Werring a rappelé que le cadmium était un agent cancéreux, le mercure touche le système cérébral et l'arsenic est un poison.

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