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Entre Israël et le Hamas, les points restent à compter

05/08/2014 02:38 EDT | Actualisé 05/10/2014 05:12 EDT

Israéliens et Palestiniens auront au Caire des négociations qui ne devraient pas seulement décider de la viabilité du cessez-le-feu observé depuis mardi, mais du profit retiré ou du dommage infligé par la guerre aux deux belligérants.

L'arbitrage définitif sur un éventuel vainqueur est prématuré, s'il est possible, disent les analystes.

La prudence reste de rigueur quant à la durabilité du cessez-le-feu, disent-ils. Et Israéliens et Palestiniens ont apporté au Caire des exigences qu'il sera difficile de concilier et dont il faudra voir lesquelles seront satisfaites.

Les analystes palestiniens s'accordent généralement pour croire que le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, pourrait capitaliser sur la guerre. A ce stade, "le Hamas est gagnant", ne serait-ce qu'en popularité auprès des Palestiniens et des Arabes, dit Moukhaïmer Abou Saada, professeur de sciences politiques à l'Université Al-Azhar de Gaza.

"Il a marqué sur le terrain militaire des points que personne n'imaginait", dit-il. Isolé et affaibli par la destitution du président islamiste égyptien Mohamed Morsi, ses prises de position sur la Syrie et la situation intérieure, il est aussi revenu "sur le devant de la scène politique" en s'imposant dans la discussion et en rejoignant une délégation palestinienne d'union nationale, dit-il.

- Le vrai défi: la reconstruction -

Mais, pour les Palestiniens et le Hamas en particulier, abondent Moukhaïmer Abou Saada et le politologue Jamal al-Fadi, "le véritable défi ce n'est pas la trêve seule, c'est la reconstruction, l'éducation, la prise en charge des centaines de milliers de déplacés".

Le blocus qu'impose Israël et qui étouffe l'économie du territoire exigu et surpeuplé devrait être un point central au Caire.

Des questions comme l'ouverture du poste frontière de Rafah et de sa gestion sont aussi "vitales" pour les Gazaouis, dit George Giacaman, directeur de l'Institute for the Study of Democracy à Ramallah.

"Si les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes, alors le Hamas n'en sortira pas plus fort, bien au contraire", dit-il.

La levée du blocus s'annonce aléatoire. Les responsables israéliens n'entendent pas que des matériaux importés servent à la construction des tunnels qui servent aux combattants palestiniens à s'infiltrer en Israël et qui sont l'une des causes de la guerre.

Interrogé sur une possible levée du blocus, Yigal Palmor, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, assure qu'Israël "permet le passage de pratiquement tout, y compris les matériaux de construction, à condition qu'ils soient destinés à des projets menés par l'ONU, des organisations internationales, des pays étrangers" ce qui permet un contrôle de son usage.

- La "leçon" infligée au Hamas -

Or, le Premier ministre Benjamin Netanyahu martèle que la sécurité d'Israël primera sur toute autre considération. L'offensive a porté un rude coup militaire au Hamas, disent les Israéliens: des centaines de "terroristes" tués, les tunnels détruits ainsi que des milliers de roquettes, revendique le général Yossi Kuperwasser, directeur général du ministère israélien des Affaires stratégiques.

"J'imagine que le Hamas a retenu la leçon et j'espère qu'avec ça, le cessez-le-feu durera plus longtemps", dit-il.

Mais "ils ont toujours 3.000 roquettes environ. C'est un défi auquel nous devons faire face", dit le porte-parole de l'armée, Peter Lerner.

Le Premier ministre devra rendre des comptes politiques du succès ou non de l'opération "Bordure protectrice", devant une opinion dont une partie aurait été favorable à une action encore plus dure.

"Si les tirs de roquettes reprennent, je serai favorable à une réoccupation totale de la bande Gaza", a dit Gilad Erdan, ministre des Communications et proche de M. Netanyahu.

"Les capacités militaires du Hamas n'ont pas été anéanties et l'armée israélienne n'est pas parvenue à éliminer les cadres militaires et politiques importants du Hamas. C'est pourquoi le bilan de l'opération est mitigé", dit Ely Karmon, chercheur du centre interdisciplinaire de Herzliya.

La trêve est fragile, s'accordent à dire les analystes. "Je ne suis pas du tout sûr que la trêve tienne longtemps car la raison d'être du Hamas, c'est la destruction d'Israël", dit Mark Heller, membre du Centre d'études stratégiques de l'université de Tel-Aviv.

Quant à parler de paix plus globale entre Israéliens et Palestiniens, "les discussions de paix sont une question distincte de la paix à Gaza", dit le général Yossi Kuperwasser.

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