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Centrafrique: démission du gouvernement, dans la foulée de l'accord de Brazzaville

05/08/2014 12:31 EDT | Actualisé 05/10/2014 05:12 EDT

Le gouvernement centrafricain a démissionné mardi, dans la foulée du fragile accord de paix signé fin juillet à Brazzaville et censé relancer une transition politique en panne.

"La présidente de transition (Catherine Samba Panza) a demandé et obtenu du Premier ministre (André Nzapayéké), chef du gouvernement de transition, sa démission et celle de son gouvernement pour permettre la mise en oeuvre effective des engagements du Forum de Brazzaville", a annoncé un porte-parole de la présidence.

Ces dernières semaines, la présidente avait promis à plusieurs reprises le réaménagement du gouvernement "sur des critères de technocratie, de région et de compétence, mais qui intègrent aussi la dimension politique et les nouvelles donnes issues du forum de Brazzaville", a expliqué le porte-parole.

"Elle avait annoncé que ledit réaménagement se ferait dans l'esprit de Brazzaville de large ouverture et de réconciliation nationale", a-t-il rappelé.

Sous la pression des pays de la région et de la communauté internationale, un fragile accord de cessez-le-feu avait été paraphé le 23 juillet dans la capitale du Congo voisin par des chefs de l'ex-rébellion Séléka et des délégués des miliciens anti-balaka, ainsi que par des représentants politiques, religieux et civils.

Cet accord avait été arraché in extremis à l'issue d'un "Forum" chaotique au cours duquel la Séléka s'était d'abord retirée des discussions en exigeant une partition du pays.

Il est le premier accord du genre signé après huit mois de massacres, exactions et pillages qui ont fait des milliers de morts, mis le pays à genou et achevé la faillite totale de l'Etat.

Le Conseil national de transition (CNT), qui joue le rôle de parlement provisoire, était réuni depuis le 1er août à Bangui en session extraordinaire pour étudier le texte de l'accord et auditionner le Premier ministre Nzapayéké.

Aucune indication n'a été donnée quant à la date de la formation du nouveau gouvernement et sa composition. Mais à Bangui, qui connaît une relative accalmie après les violences intercommunautaires de ces derniers mois, beaucoup se demandent si des représentants des groupes armés --ex-Séléka à dominante musulmane et milices anti-balaka majoritairement chrétiennes-- qui ont mis le pays à feu et à sang feront leur entrée dans le prochain cabinet.

- Nouveaux affrontements -

En attendant, le cessez-le-feu conclu le 23 juillet semble encore d'actualité, quoique toujours très précaire.

Lundi, de violents affrontements ont opposé pendant près de sept heures combattants de l'ex-Séléka et soldats français de l'opération Sangaris à Batangafo (nord), faisant plusieurs morts parmi les anciens rebelles.

A environ 300 km au nord de Bangui, la ville de Batangafo avait été la semaine dernière le théâtre de violents combats entre Séléka et anti-balaka --premier véritable accroc à l'accord de Brazzaville-- qui avaient fait au moins 25 morts.

Malgré la présence de 2.000 hommes de Sangaris et de 6.000 soldats de la force africaine Misca, les tensions restent vives dans plusieurs autres localités, notamment à Bambari (centre-est).

Elles se concentrent aujourd'hui pour l'essentiel dans les zones de contacts entre belligérants, sur un axe qui coupe de facto le pays en deux, avec le Nord-Est encore sous contrôle de l'ex-rébellion musulmane, et le Sud-Ouest où sévissent les anti-balaka.

"Tout le long de cette ligne de démarcation, les groupes de la nébuleuse anti-balaka tentent actuellement de repousser les ex-Séléka vers le nord", observe une source humanitaire.

Dans le Sud, "l'épuration ethnique des musulmans a déjà eu lieu" en grande partie, et les affrontements intercommunautaires ont donc naturellement cessé, explique cette source.

Les divisions actuelles de la Séléka (dont quelques leaders ont dit ne pas reconnaître l'accord de Brazzaville) et la fragmentation des groupes anti-balaka alimentent par ailleurs toujours la confusion.

A cela s'ajoutent des années de banditisme d'Etat, le pillage des ressources naturelles, le braconnage à une échelle quasi-industrielle, une économie moribonde.... Le lancement mi-septembre d'une opération de l'ONU pourra peut-être suppléer les déficiences de l'Etat et enfin aider à sa reconstruction.

L'arrivée au pouvoir en janvier 2014 de la présidente de transition Catherine Samba Panza "n'a pas permis la relance d'un processus politique qui est bloqué", déplorait Paris début juillet. La situation politique "s'est nettement détériorée" notait l'ONU.

Sans armée ni véritables forces de l'ordre, la présidente "a échoué à établir son autorité, à faire cesser définitivement les violences, ou à endiguer la corruption", constate la source humanitaire déjà citée.

Elle peine également à assumer pleinement sa fonction face aux puissants leaders régionaux que sont le président congolais Denis Sassou Nguesso ou le Tchadien Idriss Déby.

Consciente de l'enjeu, Mme Samba Panza s'est engagée la semaine dernière à "faire de Brazzaville le point de départ d'un nouvel élan à la transition".

bur-hba/sd

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