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Dans Donetsk assiégée, magasins barricadés, rues désertes et civils en fuite

04/08/2014 11:11 EDT | Actualisé 04/10/2014 05:12 EDT

La plupart des magasins ont consolidé leurs vitrines, les rues sont étrangement désertes et des explosions retentissent régulièrement : Donetsk, fief de l'insurrection séparatiste de l'Est de l'Ukraine, est en état de siège.

"La situation empire chaque jour", soupire Olga, employée dans une agence de voyage, âgée de 32 ans.

La jeune femme se promène avec son fils de deux ans sur le boulevard Pouchkine, artère arborée et lieu de promenade populaire avant les hostilités, quasi vide en ce matin d'été ensoleillé.

Sans travail depuis que son employeur a mis la clé sous la porte, elle vit chez des amis dans le centre ville depuis trois semaines, après avoir fui sa maison située près de l'aéroport de Donetsk alors visé par de violents bombardements.

"J'ai fui sous les balles avec mes enfants", se souvient-elle. "C'était comme dans un film". Son fils intervient pour dire qu'il a peur des "bang bang" de la guerre.

Après plusieurs semaines de progression face aux séparatistes, les forces ukrainiennes resserrent leur étau sur leurs principaux bastions et en premier lieu Donetsk. Leur objectif est de couper la ville des approvisionnements en provenance du reste du territoire insurgé, mais aussi de Russie.

Le numéro deux de la République autoproclamée de Donetsk, Vladimir Antioufeev, l'a admis dimanche : "La ville est en état de siège".

"C'est la merde", résume Oleg, privé de travail, qui fait un tour de vélo avec son fils Ivan : l'usine qui l'emploie a fermé faute de livraisons. Pour autant, pas question de partir : "J'habite ici depuis 50 ans, je n'ai nulle part où aller".

Le ministre ukrainien de la Défense, Valéri Gueleteï, a assuré que ses troupes n'étaient pas entrées dans Donetsk, une décision redoutée de la population qui craint des combats meurtriers.

- abris antiaériens -

Mais tout dans cette ville dont la population atteignait il y a quelques mois un million d'habitants, rappelle que la guerre se rapproche.

La nuit, les explosions des tirs d'artillerie aux abords de la ville, rompent le silence créé par le couvre-feu. Dans le quartier de Petrivski (sud-ouest de la ville), où six civils ont péri pendant le week-end, une correspondante de l'AFP a vu samedi soir plusieurs immeubles et une école éventrés par des explosions, dont l'origine est impossible à déterminer.

Des affiches publicitaires encouragent les habitants à s'engager auprès des séparatistes. "J'attends mon héros", dit l'une d'elle, qui montre une kalachnikov ornée d'un ruban orange et noir de Saint-Georges, symbole du patriotisme russe.

De nombreux propriétaires de magasins et d'appartements ont collé des bandes adhésives en X sur les vitres pour les renforcer en cas d'explosion. La plupart des commerces ont fermé et ceux qui ouvrent ne le font que jusqu'à 15H ou 16H.

Sur certains immeubles, des affichettes indiquent où trouver l'abri antiaérien le plus proche.

Le stade du club international de football Shakhtar, une structure de verre flambant neuve, est déserté à l'exception de quelques jardiniers qui s'affairent sur les pelouses.

A la gare, où se dressent des statues de mineurs héroïques qui font la fierté de cette région houillère, les passagers font la queue pour acheter des billets.

Lioubov raconte avoir fui en autocar la ville de Kirovské, à environ 50 kilomètres plus à l'est en territoire rebelle, et cherche désormais à rejoindre Dnipropetrovsk, plus à l'ouest, où vivent sa soeur et son fils, à cause des bombardements.

"Nous avons tout pris et nous sommes partis", raconte cette femme aux yeux gris. "Les cars continuent de circuler, il y a des conducteurs courageux. Ceux qui ont des voitures sont déjà partis".

Iouri Ivanovitch, les traits tirés, arrive quant à lui de Chakhtarsk, ville qui se trouve comme Kirovské dans une zone séparatiste particulièrement disputée et proche de l'endroit où l'avion malaisien s'est écrasé.

"Notre maison a brûlé et celle de notre voisin aussi. La rue a été bombardée. Nous partons vers Moscou", explique-t-il.

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