DIVERTISSEMENT

Osheaga 2014, samedi : le ciel sombre de Nick Cave

03/08/2014 08:48 EDT | Actualisé 04/08/2014 10:49 EDT
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Le ciel sombre menaçait les festivaliers d’Osheaga, samedi soir, à l’image du rock ténébreux de l’Australien Nick Cave, qui se donnait en concert sur la scène principale à 20h. Pour la pluie, il n’en fut rien. En ce qui a trait à la déferlante musique (rock, punk, blues, gothique) de Cave et de ses excellents musiciens The Bad Seeds, on peut sans vraiment se tromper qu’elle a bel et bien laissé sa marque. Pour le meilleur, on espère.

Nul ne peut s’avérer indifférent au travail de Nick Cave. Certains le trouvent agressant, triste, lugubre, d’autres lui vous un véritable culte. Peu importe, l’homme dans la cinquantaine sait brasser la cage et faire en sorte qu’on se souvient de lui.

« Memory is what we are » (« la mémoire est ce que nous sommes ») affirme d’ailleurs Nick Cave dans le nouveau film documentaire 20, 000 Days On Earth produit par la fondatrice et la présidente du centre Phi de Montréal, Phoebe Greenberg et Penny Mancuso. L’œuvre dont on dit beaucoup de bien était justement présentée dans la métropole québécoise, vendredi soir. Présent lors de la soirée, Cave a offert une rare prestation solo au piano devant moins de cent personnes privilégiées.

Pour revenir à ce qui nous concerne, Nick Cave a commencé son spectacle de 60 minutes avec la vieille chanson (1984) From Her To Eternity. Lignes mélodiques répétitives de piano, guitare électrique pesante, batterie saccadée et alerte, voix écorchée et grave, le ton est donné. Le début de la proposition est rageur, sombre et poétique. Une atmosphère musicale qui imprégnera toute la durée du concert et qui, avouons-le, convient bien aux textes qui traitent de la mort, la dérive, l’amour passionnel, le péché ou encore la colère.

À Jubilee Street (issue du 15e et plus récent album Push the Sky Away, fort respecté), les paroles sont toujours dramatiques (cette fille nommée Bee est paralysée par la peur), mais les arrangements sont ici moins frénétiques. Du moins jusqu’à ce que le violon s’emballe comme les autres instruments. On se croirait dès lors dans un train qui se dirige tout droit dans un précipice, sensation augmentée par une guitare électrique stridente en finale. Bam!

À la suite de la sulfureuse balade Mermaids (aussi du dernier disque) est arrivée la très connue Red Right Hand (1994), utilisée notamment dans plusieurs productions télé et cinéma comme The X-Files, Scream ou encore Hellboy. En effet, ce morceau aux ambiances halloweenesques sied bien aux univers du suspense noir, du western meurtrier ou de l’histoire d’horreur. Même les grincements d’une guitare inquiétante et le bruit d’une cloche qui sonne le glas participent à construire ce monde plutôt glauque. Et que dire de ses quelques passages brefs, mais violents qui évoquent la tragédie?

Au piano pour quelques minutes (il n’y restera jamais bien longtemps), Cave offre par la suite The Ship Song, une pièce plus « positive ». Elle parle d’abandon à l’amour. Le ciel s’ouvre soudainement par endroits.

Dans le même esprit musical, Higgs Boson Blues nous entraîne dans un long road trip halluciné durant lequel Nick Cave y rencontre Lucifer, le musicien Robert Johnson, le personnage américain du petit écran Hannah Montana et la chanteuse Miley Cyrus (qui incarnait aussi Montana à l’époque).

Pur bonheur après quand Nick Cave et se bande des Bad Seeds interprètent de façon musclée la pièce The Mercy Seat, qui sera popularisée plus tard par Johnny Cash. Beau moment.

La chanson populaire américaine Stagger Lee sera par la suite proposée à la sauce Nick Cave (bien d’autres artistes ont revisité eux aussi cette pièce écrite à la fin du 19e siècle / pensons à Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, The Clash, James Brown, The Black Keys ou Beck): basse obsédante et voix empoignante mettent bien du tragique dans cette histoire de meurtre dans un saloon de St Louis. « Stag » Lee Shelton, un proxénète noir, a tué d’une balle William « Billy » Lyons…

Parti dans la foule tendre la main à une spectatrice, Nick Cave ne s’aperçoit même pas (à prouver en fait!) que son heure est sonnée depuis presque dix minutes. C’était le tour de la sensation rock, Jack White de s’illustrer sur la scène voisine.

Un ciel sombre, certes, mais un artiste impressionnant que Nick Cave.

Phantogram, Four Tet, Jon Hopkins et Joey Bada$$

Plusieurs heures auparavant, le duo new-yorkais Phantogram, formé de Sarah Barthel (clavier, voix) et Josh Carter (guitare et voix) était sur la scène Verte pour un spectacle d’environ 60 minutes. Les artistes - accompagné de deux autres musiciens - ont fait du bon travail devant une foule assez imposante (certainement quatre ou cinq milliers de personnes).

Leur amalgame de trip hop-rock-électro à la saveur 2014 est assez bien rendu sur scène. Le groupe fait parfois penser à la légendaire formation britannique Portishead, sans toutefois présenter autant de profondeur. Ici, nous sommes dans quelque chose de plus pop.

La voix de Sarah Barthel est belle, mais pas mal moins puissante et prenante que celle de Beth Gibbons.

Phantogram, qui a donné récemment un spectacle au Festival d’été de Québec (lire à ce sujet l’article du collègue Patrick Bellerose), est une formation (née en 2007) à suivre.

Un peu plus tard, sur la scène Piknic Electronik, se produisaient deux bons DJ britanniques qui ont offert deux très honnêtes performances, à savoir les trentenaires Four Tet (électro pop, dansante, mais assez calme, il aime bien l’échantillonnage) et Jon Hopkins (dans la lignée de Four Tet, morceaux parfois planants, il a néanmoins balancé certaines pièces assez musclées). Si ce n’est que cette ambiance étrange de fin d’après-midi (17h30 et 18h30), les deux gars ont été bien appréciés.

Il est à parier que leurs prestations Osheaga afterparty (http://sat.qc.ca/fr/evenements/after-osheaga-four-tet-jon-hopkins-sibian-faun-massyl), samedi dans la nuit, à la Société des arts technologiques (SAT, située sur le boulevard Saint-Laurent), ont satisfait le millier de spectateurs attendus.

Après avoir assisté à 45 minutes de Jack White (lire Myriam Lefebvre pour davantage de détails), nous avions prévu faire un détour pour aller confirmer tout ce talent que l’on attribue ces temps-ci à Jo-Vaughn Virginie Scott, alias Joey Bada$$, 19 ans, qui sortira prochainement un album fort attendu.

Arrivé devant la scène des Arbres vers 22h, pas de Bada$$. Pourtant, il aurait dû s’y retrouver depuis un quart d’heure. Après 25 minutes d’attente supplémentaires, toujours pas de Joey, même si les centaines de spectateurs scandent son prénom.

Problème technique? Pépin logistique?

Une notification apparaissant sur les téléphones intelligents confirmera que l’étoile montante du hip-hop de Brooklyn est finalement apparue sur les planches à 23h.

Malheureusement, nous vous parlerons de Bada$$ une prochaine fois… Nous étions rendus ailleurs.

Osheaga 2014 Jour 2


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