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Eté 1914: l'empire britannique se mobilise pour envoyer des volontaires en Europe

03/08/2014 02:20 EDT | Actualisé 02/10/2014 05:12 EDT

Lorsqu'elle entre dans la Première Guerre mondiale en 1914, la Grande-Bretagne n'a plus mené de guerre majeure en Europe depuis plus d'un siècle, et ne dispose que d'une toute petite armée de terre professionnelle. Elle parviendra pourtant à engager jusqu'à quatre millions de soldats au plus fort du conflit, grâce à la mobilisation de l'immense empire britannique.

Le 4 août 1914, le Royaume-Uni possède une armée professionnelle de près de 400.000 hommes, auxquels s'ajoutent 300.000 réservistes et membres des forces territoriales. Mais la moitié de ses forces sont déployées à travers l'empire britannique, et Londres n'a que quelque 150.000 soldats opérationnels à aligner dans les combats qui viennent de commencer: six à huit fois moins que les puissantes armées française et allemande.

A l'instar des centaines de milliers de Britanniques de tout âge qui s'engagent en quelques semaines pour défendre leur pays, le sous-continent indien, l'Australie, le Canada et d'autres pays de l'immense Commonwealth vont immédiatement répondre à l'appel de Londres en envoyant des dizaines de milliers de combattants volontaires défendre l'empire dans la lointaine Europe, puis au Moyen-orient. Le flot ne se tarira pas, et en 1918, à la fin du conflit, Londres alignera ainsi près de 4 millions de soldats venus de tout l'empire.

- 'I want you' -

"Nos gars n'étaient pas juste des +Tommies+ (soldats britanniques), il y avait aussi des Tariqs et des Tajinders" venus du sous-continent indien, a rappelé en juin dernier Sayeeda Warsi, qui a été la première femme ministre musulmane au Royaume-Uni.

L'un des acteurs principaux de cette mobilisation extraordinaire a été Lord Horatio Kitchener, le ministre de la Guerre moustachu resté célèbre pour avoir posé sur des affiches de recrutement, un doigt pointé vers l'observateur avec la mention: "I want you" ("je te veux").

Grâce à ses efforts, 480.000 volontaires vont rejoindre l'armée britannique entre le 4 août et le 12 septembre 1914, dont 300.000 pour les deux dernières semaines.

"En août 1914, il était presque le seul parmi les responsables militaires et les hommes d'Etat du pays à prédire que la guerre serait une entreprise longue et coûteuse", écrit l'historien Peter Simkins dans son livre "Kitchener's army" (l'armée de Kitchener).

Les centres de recrutement prolifèrent tandis que la limite d'âge de recrutement est repoussée à 38 ans et la taille minimale des soldats abaissée à 1m60.

Au total, Kitchener parviendra à lever 2.467.000 soldats entre août 1914 et décembre 1915, avant que l'hécatombe des combats n'oblige Londres à introduire la conscription obligatoire pour les jeunes Britaniques en janvier 1916.

- Un creuset des identités nationales -

Au total, le sous-continent indien (Inde, Pakistan et Bangladesh) a envoyé 1,5 million d'hommes, 500.000 sont venus d'Australie et de Nouvelle-Zélande, et le même contingent a été fourni par le Canada. Près de 74.000 Sud-Africains ont également pris les armes pour défendre l'Empire, selon les chiffres du gouvernement britannique.

L'Australie, sous l'impulsion de son Premier ministre de l'époque Andrew Fisher, a immédiatement déclaré la guerre à l'Allemagne et enverra 400.000 hommes -- 10% de sa population-- se battre en Europe. 61.000 ne rentreront pas chez eux, et cette épreuve forgera définitivement la nation australienne, qui cultive aujourd'hui encore avec ferveur la mémoire de son engagement dans le conflit.

Le symbole de cet engagement demeure la désastreuse bataille de Gallipoli, à l'entrée du détroit turc des Dardanelles, où les volontaires australiens fraîchement débarqués des antipodes connaitront un sanglant baptême du feu contre les forces de l'empire ottoman, aux côtés de leurs voisins neo-zélandais et d'unités britanniques et françaises.

- Un tournant pour l'Inde -

L'engagement de l'Australie se traduira aussi dans la région Pacifique, où les forces australiennes prendront possession dès le 17 septembre 1914 de la Nouvelle-Guinée, alors sous contrôle allemand, puis de l'archipel Bismarck voisin.

"La Première guerre mondiale a eu un impact sans commune mesure sur l'Australie", a rappelé au début de l'année le Premier ministre australien Tony Abbott.

En Inde, lorsque la guerre débute, elle reçoit le soutien des principaux responsables politiques indiens de l'époque, dont le Mahatma Gandhi, qui estiment qu'un loyalisme affiché peut servir les revendications nationalistes en faveur d'une autonomie gouvernementale de l'immense colonie.

Les premiers soldats indiens arrivent sur le front européen fin septembre 1914, seulement armés de deux mitrailleuses par bataillon et vêtus d'uniformes en coton léger, dérisoire dans le froid de l'hiver européen qui fera plus de victimes que les combats. Londres va alors les redéployer en Afrique et surtout au Moyen-Orient, où ils formeront le gros des forces alliées contre l'empire ottoman.

A la fin de la guerre, 60.000 soldats venus du sous-continent indien auront perdu la vie.

Décrivant en mars dernier ce conflit comme "un tournant" dans l'histoire de son pays, le vice-président indien Hamid Ansari a estimé qu'il avait entrainé "une prise de conscience par le mouvement nationaliste indien du fait que les Britanniques n'allaient pas tenir les promesses d'autonomie faites pendant la guerre". Trois décennies plus tard, à l'issue d'une longue lutte, l'Inde obtiendra sa souveraineté.

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