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USA: la crise avec Ebola accélère les efforts pour mettre au point un vaccin

01/08/2014 03:01 EDT | Actualisé 01/10/2014 05:12 EDT

Des virologues américains espèrent tester dès septembre un vaccin expérimental contre Ebola, qui en cas de succès permettrait d'immuniser dès 2015 le personnel soignant, en première ligne contre l'épidémie qui fait rage en Afrique et a déjà tué plus de 700 personnes.

"Nous venons de terminer les expériences avec des animaux d'un vaccin expérimental et allons commencer une étude de phase 1 en septembre avec des humains", a indiqué à l'AFP le Dr Anthony Fauci, directeur de l'Institut national américain des maladies infectieuses (NIAID).

Les résultats "paraissent bons dans le modèle animal" et les données de l'essai clinique devraient être disponibles d'ici janvier prochain, a-t-il poursuivi.

Vu l'urgence de la situation, "nous avons commencé à discuter avec des laboratoires pharmaceutiques pour accélérer le processus et un vaccin pourrait être disponible dès 2015 pour les personnels soignants exposés à des risques extrêmes", a poursuivi M. Fauci, soulignant qu'il n'existe actuellement aucun traitement antiviral pour combattre ce virus très virulent apparu en 1976.

Le taux de mortalité a atteint jusqu'à 90% dans le passé et est de 60% dans le cas de l'épidémie actuelle qui frappe la Sierra Leone, le Liberia et la Guinée. Celle-ci est d'une ampleur sans précédent.

Pour Hervé Raoul, directeur de recherche à l'Institut national français de la santé et de la recherche médicale (Inserm), l'utilité d'un vaccin est discutable étant donné le nombre infime de personnes qui sont ordinairement infectées.

"Je ne suis pas sûr que le fait de vacciner toute une population ait du sens", a-t-il dit à l'AFP.

Ce chercheur s'est aussi interrogé sur l'aspect éthique et de santé publique d'utiliser un vaccin sur la base des résultats de la phase 1 d'un essai clinique. Cette phase est en général surtout destinée à établir son innocuité. L'efficacité est surtout évaluée dans des études cliniques plus étendues dites de phase 2 et 3, qui prennent plus de temps.

- Pas de marché commercial -

Selon lui, le vaccin américain pourrait ainsi être testé en phase 2 avec des groupes de population en Sierra Leone et au Liberia, ce qui n'a pas été précisé.

"Il faut surtout mettre l'accent sur des mesures sanitaires de prévention et pour cela le véritable enjeu est de développer des antiviraux contre Ebola", une maladie dont la phase aigüe ne dure que quelques jours et ne laisse aucune séquelle pour ceux qui guérissent, a-t-il encore noté.

L'expérience a montré qu'une prise en charge précoce des malades permettait de réduire considérablement la mortalité, ce qui pour cet infectiologue conforte le fait de donner la priorité au développement d'antiviraux.

Plusieurs équipes françaises y travaillent mais il n'y a aucun médicament à ce stade prêt à être testé.

Un autre facteur à prendre en compte est le petit nombre de personnes infectées dans des pays en développement, qui ne procure pas de marché incitant les laboratoires pharmaceutiques à investir dans le développement d'un vaccin.

"Etant donné que ces épidémies se produisent de façon sporadique et n'affectent généralement qu'un petit nombre de personnes en Afrique Centrale, il n'y a pas de véritable marché commercial" pour un vaccin anti-ebola, écrivaient ainsi Andrea Marzi et Heinz Feldmann, des virologues du NIAID dans un article publié en avril.

Ils relevaient qu'il y a pourtant "plusieurs vaccins expérimentaux prêts à être testés dans des essais cliniques". Certains se sont montrés efficaces jusqu'à 90% sur des singes et aucun n'a provoqué d'effets secondaires graves, a expliqué à l'AFP Peter Walsh, professeur à l'Université de Cambridge.

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