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USA: un condamné succombe après un "calvaire" sans précédent, la polémique relancée

23/07/2014 09:18 EDT | Actualisé 22/09/2014 05:12 EDT

Un condamné à mort a succombé au terme d'une agonie sans précédent, mercredi dans l'Arizona (sud-ouest), alors que grondait déjà une violente polémique aux Etats-Unis sur l'avenir de l'injection létale comme méthode d'exécution.

Joseph Wood, 55 ans, condamné pour le double meurtre de son ancienne petite amie et du père de celle-ci en 1989, a été déclaré mort près de deux heures après le début de l'injection, au lieu d'une dizaine de minutes habituellement.

L'injection avait commencé à 13H52 locales et le décès a été déclaré à 15H49 (22H49 GMT), a indiqué à l'AFP une porte-parole du procureur général de l'Arizona Tom Horne.

Il a "haleté", "grogné", "suffoqué et cherché sa respiration pendant environ une heure et quarante minutes", a dénoncé son avocat Dale Baich, qui est même allé jusqu'à déposer une motion en urgence devant la Cour suprême pour qu'elle arrête l'exécution, alors que le prisonnier était encore en vie plus d'une heure après l'injection.

"L'Arizona semble avoir rejoint plusieurs autres Etats irresponsables dans une horreur qui était absolument prévisible", a fustigé Me Baich, rejoint immédiatement par un vacarme de dénonciations.

"Les Américains en ont marre de cette barbarie", a tonné Diann Rust-Tierney, de la Coalition nationale pour abolir la peine de mort. "Nous sommes tout simplement incapables de mettre en oeuvre la peine capitale de manière humaine", a-t-elle dit, en parlant du "calvaire" du condamné.

L'experte de la Fordham University Deborah Denno, spécialiste de l'injection létale, a parlé à l'AFP d'une exécution "inacceptable", "choquante" car elle était "entièrement prévisible et évitable".

La gouverneure de l'Arizona Jan Brewer a de son côté défendu la légalité de l'exécution tout en se déclarant inquiète de sa durée et a ordonné une enquête: "Une chose est certaine, le prisonnier Wood est mort de manière légale et n'a pas souffert selon des témoignages et des conclusions médicales", a-t-elle dit.

Au cours des dernières 24 heures, M. Wood avait déposé plusieurs recours devant les tribunaux de l'Arizona et jusqu'au plus haut niveau de la justice américaine, pour contester le voile du secret qui entoure la procédure d'injection létale dans cet Etat, comme dans nombre d'autres pratiquant la peine capitale.

A l'instar de nombreux condamnés avant lui, il avait dénoncé les risques de souffrances inconstitutionnelles qu'il risquait d'encourir lors de son exécution, en l'absence d'informations sur les produits utilisés, leur origine, leur méthode de fabrication et sur les qualifications des personnels chargés de les injecter.

Ses ultimes appels ont été rejetés, la Cour suprême les ayant repoussés par deux fois en moins de 24 heures, comme elle l'avait fait pour ses recours précédents.

Dans les 32 Etats où la peine de mort est en vigueur, les autorités ont recours à des préparateurs en pharmacie non homologués pour fabriquer les produits d'injection, depuis le refus des fabricants européens d'en fournir à des fins d'exécution.

- "Troisième frappe" -

L'Arizona, qui n'avait procédé à aucune exécution cette année, s'était refusé à dévoiler les détails de sa procédure et s'était contenté de dire que M. Wood serait mis à mort avec les mêmes produits utilisés lors d'une exécution qui avait mal tourné en janvier en Ohio (nord), au cours de laquelle le condamné s'était agité et avait gémi pendant 26 minutes.

En l'occurrence, l'Etat a utilisé l'anesthésiant midazolam combiné à de l'hydromorphone, un dérivé de la morphine.

Fin avril, c'est en Oklahoma (sud) qu'un prisonnier avait succombé dans d'apparentes souffrances 43 minutes après l'injection d'un cocktail de trois produits. Les exécutions avaient été suspendues dans tout le pays puis avaient repris, peu à peu, sauf en Oklahoma, malgré les protestations et les multiples procédures judiciaires.

"C'est la troisième frappe, c'est l'indication claire qu'il faut changer les choses au plus haut niveau", a réagi Richard Dieter, directeur du Centre d'information sur la peine capitale, après cette 26e exécution de 2014.

"Les Etats ne sont absolument pas prêts à utiliser l'injection létale avec de nouveaux produits, cela doit s'arrêter", a-t-il dit à l'AFP. "Nous ne pouvons pas continuer à torturer, à mettre les gens sur une table d'exécution pendant deux heures et à espérer qu'ils meurent".

Lundi, la cour d'appel de San Francisco avait donné de nouveaux espoirs aux condamnés et aux abolitionnistes, en suspendant temporairement l'exécution de Joseph Wood, estimant qu'il ne pouvait être mis à mort tant que persisterait le secret de la procédure.

Son président, Alex Kozinski, avait même estimé que "la guillotine serait sans doute préférable", mais avait jugé finalement "le peloton d'exécution plus prometteur" car l'injection létale, "trompeuse", "masque la brutalité des exécutions en leur donnant un air serein et paisible".

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