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Un câble sous la Baltique fait rêver les centres de données de Finlande

22/07/2014 12:45 EDT | Actualisé 20/09/2014 05:12 EDT

Réputée pour ses hivers où le mercure passe rarement dans le positif et ses étés à la fraîche, la Finlande ne figurera jamais parmi les destinations favorites des amateurs de soleil.

En revanche, le pays de Nokia tire son épingle du jeu grâce aux géants de la technologie, comme Google et Microsoft, en quête de solutions efficaces pour refroidir leurs serveurs qui hébergent des téraoctets de données du monde entier.

"Nous pouvons enfin utiliser à notre avantage un climat froid, une société tranquille et un peu ennuyeuse", sourit Petteri Järvinen, auteur de multiples livres sur les hautes technologies.

L'ascension rapide d'Internet et de l'économie numérique a provoqué une demande exponentielle de stockage de données.

En 2009, Google a acheté une ancienne usine à papier à Hamina, près de la frontière russe, pour y construire un centre de données qui se refroidit avec les eaux de la Baltique.

À l'automne 2013, Microsoft, qui était en train d'acheter l'ancien numéro un mondial des téléphones portables Nokia, a annoncé qu'il allait investir 185 millions d'euros pour bâtir le sien dans le nord du pays.

Le géant informatique américain vient de supprimer 18.000 emplois dans le monde entier, frappant la Finlande de plein fouet, avec la disparition de plus de 1.000 postes.

À présent, Helsinki place tous ses espoirs dans le projet d'un câble de fibre optique -long de 1.000 km - sous la mer Baltique.

- Des câbles pour des clients -

Le gouvernement finlandais, qui vient d'essuyer deux ans de récession, veut redonner au pays son attractivité économique et le câble qui reliera la Finlande à l'Allemagne pourrait être la solution.

Le ministre du Développement international Pekka Haavisto espère qu'il contribuera à revigorer l'industrie technologique d'un pays encore traumatisé par la chute de Nokia.

Quand les projets du câble ont été révélés l'an dernier, M. Haavisto a laissé entendre qu'il pourrait être relié à d'autres pays, via la Finlande, pour permettre un acheminement de données ultra-rapides vers l'Asie.

D'après lui, cela donnerait à la Finlande un "lien déterminant" avec le réseau de données mondial.

Et "sans câbles, nous n'aurions pas de clients", souligne Carl Wideman, directeur d'Invest in Kainuu, qui promeut le nord-est de la Finlande.

- À l'abri des regards indiscrets -

Le britannique Telecity profite déjà des prix bon marché que lui offre l'emplacement de ses centres de données en Finlande, notamment autour de la capitale Helsinki.

Pour le directeur des ventes de cette entreprise en Finlande, Sami Holopainen, la construction de ce câble est "une très bonne nouvelle".

Les autres pays nordiques essaient aussi de tirer profit de l'augmentation de la demande de stockage de données: la Suède, qui a attiré à Luleå le premier centre de données européen de Facebook, ou encore l'Islande, qui met en avant sa localisation stratégique entre Europe et Amérique, sont de sérieux concurrents.

"Les pays nordiques ont une offre à peu près similaire: stabilité politique, climat froid, bonnes infrastructures", souligne Keijo Heljanko, professeur associé en sciences informatiques de l'Université d'Aalto, à Helsinki.

Mais le câble donnerait un avantage indiscutable à la Finlande face à ses voisins en la reliant directement à l'Europe sans passer par la Suède et le Danemark.

"En Suède, la loi autorise les services de renseignement à surveiller tout ce qui passe par les réseaux suédois. En Finlande, nous n'avons pas rien de tel", décrit M. Järvinen.

- Un besoin crucial d'emplois -

Pour le pays nordique, embourbé dans la récession et confronté à une population vieillissante et un chômage en constante augmentation, attirer l'industrie est vital.

Le gouvernement finlandais s'est engagé à financer un tiers des 100 millions d'euros du projet.

"Notre but n'est pas simplement d'héberger ces centres. Il est de créer des emplois autour d'eux", par exemple dans la recherche pour concevoir des logiciels ou des services, souligne M. Wideman.

"La phase de construction des centre crée beaucoup d'emplois temporaires. Une fois que cette phase sera passée, les emplois hautement qualifiés pourront être développés autour de ces pôles technologiques", poursuit-il.

Les économistes se posent une autre question: dans quelle mesure ces centres de données peuvent-il vraiment relancer la croissance? Une fois construits, ils n'assureront en effet que très peu d'emplois, essentiellement dans la maintenance.

"Les centres de données qui absorbent notre électricité bon marché sans contribuer à l'économie locale ne sont pas un bon scénario", insiste M. Jarvinen.

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