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Thaïlande: le roi approuve la Constitution intérimaire de la junte

22/07/2014 11:26 EDT | Actualisé 21/09/2014 05:12 EDT

Le roi de Thaïlande a approuvé mardi, lors d'une rencontre avec le chef de la junte, la Constitution intérimaire qui doit présider à la mise en oeuvre de réformes vues comme destinées à limiter l'influence de l'ex-Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra.

Il s'agissait de la première audience accordée par le révéré roi Bhumibol Adulyadej, 86 ans, au général Prayut Chan-O-Cha, depuis sa prise de pouvoir il y a tout juste deux mois.

Le général, qui a exclu des législatives avant environ octobre 2015, avait récemment indiqué que la junte partagerait le pouvoir avec le futur gouvernement intérimaire et qu'elle garderait en particulier le contrôle des questions de sécurité nationale.

Ce que semble confirmer la Constitution intérimaire publiée mardi soir, qui accorde d'autre part à la junte une amnistie générale pour tous ses actes passés --depuis le putsch-- et futurs.

Le texte prévoit qu'une nouvelle Assemblée nationale de 220 membres maximum, nommés sur conseils de la junte, désigne le futur Premier ministre.

Les personnes ayant eu un "poste" dans un parti politique ces trois dernières années ou celles condamnées pour corruption ne pourront pas devenir membres de cette Assemblée, ce qui semble écarter la plupart des acteurs majeurs de la politique récente.

La nouvelle architecture sera complétée par un Conseil des réformes de 250 membres maximum et un comité plus réduit chargé de rédiger la Constitution définitive.

Depuis le coup d'Etat du 22 mai, la junte a largement limité les libertés civiles, imposant un contrôle strict des médias et interdisant les manifestations.

L'armée a expliqué avoir pris le pouvoir pour mettre un terme à sept mois de manifestations meurtrières contre le gouvernement de Yingluck Shinawatra, soeur de Thaksin Shinawatra.

Mais certains accusent la junte d'avoir utilisé cette situation comme prétexte pour se débarrasser de l'influence de Thaksin, renversé par le précédent putsch en 2006 et qui reste malgré son exil la figure de division du royaume.

Depuis huit ans, la Thaïlande est engluée dans des crises politiques à répétition, faisant descendre tour à tour dans la rue les masses défavorisées du nord et du nord-est, fidèles à Thaksin, et les élites de Bangkok gravitant autour du palais royal, qui le haïssent.

"Les conservateurs savent que s'ils laissent des élections normales se produire à nouveau, le Puea Thai (parti pro-Thaksin, NDLR) et Yingluck pourraient les remporter une nouvelle fois largement", a commenté Kan Yuenyong, du centre de réflexion Siam Intelligence Unit.

Pour l'empêcher, la future Constitution pourrait selon lui mettre en place une chambre basse du Parlement partiellement nommée, comme c'était le cas auparavant pour le sénat.

Ou un "redécoupage électoral à large échelle" pourrait être réalisé, a noté l'analyste Paul Chambers.

"Le but est de détruire totalement l'influence de Thaksin", a-t-il souligné, estimant toutefois que la junte pourrait obtenir l'effet contraire, soit "plus de soutien" pour l'ancien Premier ministre dont les partis ont remporté toutes les législatives depuis plus de dix ans.

Le général Prayut avait déjà reçu l'approbation du roi Bhumibol pour diriger le pays quelques jours après le coup d'Etat, mais sans le rencontrer.

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