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Indonésie: le réformateur Widodo remporte la présidentielle

22/07/2014 07:46 EDT | Actualisé 21/09/2014 05:12 EDT

Le gouverneur de Jakarta et réformateur Joko Widodo a été déclaré mardi vainqueur de l'élection présidentielle en Indonésie, première économie d'Asie du Sud-Est, après une lutte acharnée contre un ex-général controversé de l'ère Suharto.

Surnommé Jokowi, Joko Widodo a recueilli au scrutin du 9 juillet 53,15% des voix contre 46,85% pour l'ex-général Prabowo Subianto, a annoncé la commission électorale à Jakarta, en présence du vainqueur souriant, portant une traditionnelle chemise à motifs.

Avant même l'annonce officielle des résultats, Prabowo a annoncé contre toute attente qu'il rejetait l'élection, accusant le camp de son rival de "fraudes massives, structurées et systématiques", dans un geste de dépit qui apparaît comme une reconnaissance déguisée de sa défaite. Il n'a pas répondu à l'invitation de la commission électorale à assister à la proclamation des résultats et ne s'est pas exprimé dans la soirée.

Jokowi a, lui, fait ses premières déclarations de président élu tard dans la soirée sur un bateau en bois dans le port de Jakarta. "Il est maintenant temps d'avancer ensemble. Revenons à une Indonésie unie, à la grande Indonésie", a-t-il déclaré en concluant son discours le poing en l'air et en lançant "indépendance".

Sur le plan économique, les investisseurs espéraient une victoire de Jokowi, face au nationaliste Prabowo inquiétant de nombreux acteurs des marchés.

Jokowi est considéré comme un dirigeant honnête qui n'a été mêlé jusqu'ici à aucune affaire judiciaire, contrairement à nombre d'autres hommes politiques de ce pays, l'un des plus corrompus au monde.

La victoire du gouverneur de Jakarta, populaire en particulier chez les jeunes aussi bien en milieu urbain que rural, a été accueillie avec enthousiasme par ses partisans, en particulier sur les réseaux sociaux.

Après le scrutin du 9 juillet, les tensions se sont exacerbées en raison de multiples accusations de fraudes et tricherie de part et d'autre. Cette élection est la plus polarisée depuis la transition démocratique de l'archipel après la chute du dictateur Suharto en 1998, marquée par des violences qui avaient fait des dizaines de morts.

Plus de 250.000 policiers ont été mobilisés dans le pays pour l'annonce des résultats.

- 'Un énorme pas en avant' -

L'élection de Jokowi, ancien vendeur de meubles issu d'un milieu modeste et sans aucun lien avec le régime autocratique du passé, marque l'avènement d'une nouvelle génération d'hommes politiques dans le plus grand pays musulman au monde, avec près de 250 millions d'habitants.

Agé de 53 ans, il entend poursuivre les réformes démocratiques de l'ère post-Suharto (1967-1998). Jokowi a connu une ascension fulgurante en politique, après être devenu maire d'une ville d'un demi-million d'habitants en 2005 et d'être propulsé gouverneur de Jakarta en 2012.

L'arrivée de Jokowi, qui succédera en octobre au chef de l'Etat sortant et ex-général Susilo Bambang Yudhoyono, constitue "un énorme pas en avant" pour la jeune démocratie indonésienne, a déclaré à l'AFP l'analyste Paul Rowland.

"Il va apporter une conception de la gestion très différente, il est aussi la première personne à passer d'un gouvernement de niveau régional à la présidence", a ajouté M. Rowland.

Par contraste, Prabowo Subianto est un ancien gendre de Suharto qui a reconnu avoir enlevé des militants pro-démocratie à la fin de l'ère Suharto. Ayant fait fortune en se reconvertissant dans les affaires, l'ancien militaire de 62 ans a estimé récemment que la démocratie occidentale n'était "pas adaptée à l'Indonésie".

Il dispose désormais de trois jours pour saisir la Cour constitutionnelle s'il entend contester les résultats.

Dès son arrivée à la présidence en octobre, Jokowi devra entreprendre des réformes impopulaires telles l'amélioration de la faible productivité de la main-d'oeuvre ou la réduction des coûteuses subventions accordées pour l'essence -- son prix est l'un des plus bas de la région --, afin de relancer l'économie dont le rythme de croissance autour de 6% depuis une décennie a légèrement ralenti depuis un an.

Outre la lutte contre la corruption, le nouveau président aura aussi la délicate tâche de maintenir l'attractivité du pays pour les investisseurs étrangers tout en tenant compte des appels à prendre des mesures protectionnistes.

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