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Les secouristes de Gaza, frères d'armes au milieu du chaos

21/07/2014 10:07 EDT | Actualisé 20/09/2014 05:12 EDT

Dans leur poste défraîchi de la bande de Gaza, les secouristes se préparent à une nouvelle soirée d'horreur, au cours de laquelle ils affronteront des raids et des tirs, la mort de civils et parfois celle de collègues.

Au milieu de l'offensive israélienne lancée le 8 juillet contre l'enclave palestinienne, qui a fait plus de 500 morts, ils se considèrent comme une famille, liés par des expériences difficiles à imaginer.

Ils ont collecté des bouts de cadavres, les corps d'enfants. Ils ont été pris entre les bombardements israéliens et les tirs de snipers du mouvement islamiste Hamas. Et plusieurs d'entre eux ont été blessés.

Jihad Selim est responsable de la vacation. Secouriste depuis 17 ans, il ne regrette rien, en dépit des guerres qu'il a traversées et de la seconde Intifada (2000-2005).

Pour autant, il espère que ses enfants ne suivront pas ses traces. "Les choses que l'on voit sont très dures", explique-t-il à l'AFP. "Nous rentrons dans une maison, et nous trouvons un corps déchiqueté. Quelqu'un ramasse une main, vous la tend et vous dit juste 'prends là'".

"Mais ce sont des choses auxquelles on s'habitue", poursuit-il.

A ses côtés, Adel al-Azbout, 30 ans, est lui aussi stoïque. "Pour être honnête, je fais juste avec. Si je vois des morceaux de cadavre, c'est ma responsabilité de gérer la situation, et de le faire de façon professionnelle".

A toutes ces situations d'horreur s'ajoute la peur viscérale pour ces pères, ces frères, qu'un appel à l'aide arrive un jour de leur propre maison.

- Appels incessants -

M. al-Azbout a décidé de devenir secouriste pendant la seconde Intifada. "La meilleure chose qu'un être humain puisse faire, c'est aider un autre être humain. Je suis honoré de pouvoir aider les autres", explique-t-il.

Derrière lui, le téléphone sonne sans cesse.

Régulièrement, ce n'est rien de plus que des enfants s'amusant à composer le numéro, gratuit, des services de secours.

"La pire chose qui nous est arrivée a été de rendre ce numéro gratuit. Maintenant, à Gaza, si vous voulez vous assurer que votre téléphone marche, vous nous appelez", soupire M. Selim.

Mais souvent, c'est beaucoup plus grave.

Des familles vivant près de la frontière israélienne appellent, désespérées, espérant être évacuées par une ambulance. Mais le responsable ne peut en envoyer aucune sans une coordination avec le Comité international de la Croix Rouge (CICR).

Depuis le lancement de l'offensive "Bordure protectrice", des centaines de maisons ont été prises pour cibles. Au total, plus de 500 Palestiniens, en majorité des civils, sont morts.

Dimanche matin, aux premières heures de la journée la plus sanglante du conflit, Fouad Jaber, un secouriste, a été tué dans le pilonnage de Chajaya, une banlieue à l'est de Gaza, qui a fait plus de 70 morts.

Son corps a été escorté par un convoi d'ambulances et ses collègues en pleurs jusqu'à la maison où vivent sa femme et sa fille de deux ans.

- 'Chaque guerre est plus dure' -

Mais dans un service de secours, même en temps de guerre, il y a des urgences plus ordinaires.

Telle cette ambulance qui fonce à travers les rues pour aider une petite fille tombée du troisième étage. Les secouristes s'occupent de sa jambe, lui passent une minerve, puis la conduisent, avec ses parents, jusqu'à l'hôpital Chifa, dans la ville de Gaza.

"Parfois, c'est des bombes. Parfois c'est un accident. Quand c'est la guerre, on a le droit à un cocktail", explique le secouriste d'astreinte dans un sourire.

Au 14e jour du conflit entre Israël et le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, M. Selim estime que la situation est pire que lors des deux dernières opérations israéliennes, en 2008-2009 et 2012.

"Chaque guerre est plus dure que la précédente, pour être honnête. Il n'y a pas un pays au monde qui a connu trois guerres en six ans", insiste-t-il.

Mais les secouristes peuvent compter les uns sur les autres.

"Nous sommes comme une famille, et nous nous comportons ainsi, comme des frères", ajoute M. Selim. "Nous faisons face à la situation ensemble, nous nous aidons, nous dormons ensemble, nous nous réveillons ensemble".

En dépit de toute la souffrance, ou peut-être à cause d'elle, l'atmosphère du poste de secours reste légère.

Les hommes se disputent pour savoir ce qu'ils mangeront pour le dessert de l'iftar, la rupture du jeûne du ramadan, ou qui a eu la vacation la plus dure la veille.

"Nous essayons de garder le plus de légèreté possible", reconnaît M. al-Azbout. "Parce que nous savons qu'à tout instant le téléphone peut sonner. Alors nous sortirons, et nous ne savons pas qui reviendra".

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