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Crash du Boeing : Poutine accusé pour son soutien aux rebelles

21/07/2014 08:12 EDT | Actualisé 20/09/2014 05:12 EDT

La destruction en vol du Boeing malaisien pose à nouveau, mais cette fois de manière spectaculaire, la question du soutien du Kremlin aux rebelles de l'est de l'Ukraine, soupçonnés par les Occidentaux d'avoir abattu l'avion avec un missile fourni par la Russie.

"Il est assez clair qu'il s'agit d'un système (de tir de missiles) qui a été transféré de Russie et remis aux mains des séparatistes" prorusses en Ukraine, a déclaré dimanche le secrétaire d'Etat américain John Kerry.

Le Kremlin n'a jamais caché son soutien politique aux rebelles mais a toujours nié leur fournir une aide militaire, ce dont l'accusent régulièrement l'Ukraine et plusieurs pays occidentaux, en premier lieu les Etats-Unis.

"Sans la Russie, il n'y aurait chez les rebelles ni chars ni artillerie lourde. Il s'agit de décisions prises au niveau de l'Etat. Cela se fait sous la pression de groupes politiques encore plus antioccidentaux que Poutine", explique Alexandre Konovalov, de l'Institut des évaluations stratégiques à Moscou.

"La Russie s'est efforcée ces derniers temps de faire croire qu'elle n'était pas partie prenante au conflit", estime la politologue Maria Lipman. Mais après le crash du Boeing, "la Russie est devenue aux yeux du monde un acteur du conflit, qui contrôle les rebelles et qui est responsable de cette tragédie", ajoute-t-elle.

Le Kremlin a toujours pris soin de maintenir une certaine distance officielle avec les séparatistes de l'est de l'Ukraine : Vladimir Poutine n'a jamais reçu les dirigeants rebelles et il n'a pas reconnu les "République populaire de Donetsk" et "République populaire de Lougansk" autoproclamées à l'issue d'un référendum en mai dernier.

La Russie avait d'ailleurs demandé aux insurgés de surseoir à l'organisation de ce référendum, mais ces derniers avaient passé outre. Un geste qui pouvait donner opportunément l'impression qu'ils n'obéissaient pas aux injonctions de Moscou.

Le Kremlin n'a pas non plus répondu aux dirigeants rebelles qui ont demandé le rattachement à la Russie des régions séparatistes, puis l'envoi d'une force d'interposition russe, quand le conflit armé avec Kiev s'est durci.

- Poutine "ne peut pas céder" -

"La Russie ne cachait pas que des consultations avaient lieu avec des chefs rebelles, dont certains sont d'ailleurs des citoyens russes, et qu'ils étaient en partie financés par des hommes d'affaires russes. On reconnaissait que la Russie était impliquée dans le conflit, mais on cachait l'ampleur de cette implication", estime Mme Lipman.

La presse et les chaînes de télévision proches du Kremlin ont apporté un soutien sans faille aux rebelles prorusses depuis le début du conflit avec Kiev, ce qui ne peut se faire sans l'assentiment des autorités, mais la position officielle de Moscou a toujours été plus prudente.

Ainsi, quand l'un des responsables des séparatistes, Denis Pouchiline, a affirmé avoir été reçu par deux conseillers du président Poutine, Vladislav Sourkov et Serguei Glaziev, pendant un séjour à Moscou en juin, l'information a été largement relayée par les médias russes, mais n'a jamais été confirmée par le Kremlin.

De nombreux articles de la presse russe font état de liens étroits entre des hommes d'affaires considérés comme proches du Kremlin, tels Konstantin Malofeev, et des chefs rebelles tels le "Premier ministre" de la "République de Donetsk", Alexandre Borodaï (un citoyen russe), et son "ministre de la Défense", Igor Strelkov (lui aussi citoyen russe).

Selon des sources non-confirmées, ces milieux sont soutenus par un "parti de la guerre" au sein de la direction russe, emmené par le vice-Premier ministre Dmitri Rogozine et le ministre de la Défense Sergueï Choïgou.

Mis en accusation par Washington, sommé par le ministre britannique de la Défense Michael Fallon de "cesser son ingérence" dans la région, pressé par Paris, Londres et Berlin d'obtenir de la part des rebelles un libre accès pour les enquêteurs à la zone de la catastrophe qui a fait près de 300 morts, que peut faire Vladimir Poutine ?

"Il ne peut pas céder face aux Occidentaux. L'opinion publique et les élites attendent autre chose de lui : une attitude antioccidentale et le soutien aux rebelles", estime Maria Lipman.

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