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Manifestation propalestinienne qui vire à l'affrontement à Paris: le gouvernement critiqué assume sa stratégie

20/07/2014 09:30 EDT | Actualisé 19/09/2014 05:12 EDT

L'exécutif français essuyait dimanche les critiques d'une partie de la gauche et de l'opposition pour avoir interdit une manifestation propalestinienne à Paris qui s'est déroulée malgré tout et a dégénéré en heures d'affrontements entre policiers et jeunes.

Drapeaux israéliens brûlés par des groupes de jeunes, heurts avec la police, gaz lacrymogènes répondant aux jets de pierres et de bouteilles: Barbès, un quartier populaire du nord de Paris où vit une forte communauté d'origine maghrébine, s'est réveillé au son des services de nettoyage dégageant restes de palettes brûlées et débris de verre.

Seule la France a interdit une manifestation de soutien aux Palestiniens de Gaza, une mesure inédite en Europe. Le président François Hollande, critiqué par sa gauche pour une politique jugée trop pro-israélienne, avait motivé l'interdiction par la crainte de "troubles à l'ordre public" et pour empêcher l'expression de slogans ou d'actes antisémites dans les rues de Paris.

Des milliers de manifestants avaient répondu à l'appel d'un parti de la gauche radicale et d'associations propalestiniennes. Mais les provocations à l'encontre de la police de certains manifestants ont suffi à faire basculer la manifestation. Au total, dix-sept membres des forces antiémeute ont été blessés et 44 personnes arretées.

Des voix dans l'opposition de droite n'ont pas tardé à pointer "l'erreur" du gouvernement, estimant que l'interdiction avait pu, selon le député de centre-droit Yves Jégo, constituer une forme de "provocation".

Le NPA (Nouveau parti anticapitaliste), seul parti à avoir appelé à la manifestation, estimait les débordements inévitables "au vu de dispositif policier et de la volonté du gouvernement de museler toute opposition à son soutien à la guerre menée par l'Etat d'Israël".

Au sein même de la majorité, des voix se sont élevées. "L'interdiction est venue nourrir une certaine radicalité", a affirmé à l'AFP l'élu socialiste Razzy Hammadi. Cette interdiction "était bien une provocation et une manipulation", a appuyé le parti de Gauche (gauche radicale).

La polémique a notamment été alimentée par l'observation des rassemblements, nombreux et autorisés, en province qui n'ont donné lieu à aucun incident grave samedi ou à Lille dimanche (environ 900 personnes).

Dimanche après-midi, des centaines de sympathisants propalestiniens se sont rassemblés à Sarcelles, une ville de la banlieue parisienne où vivent des importantes communautés juive et arabe, en dépit d'une interdiction de manifester. Lors de la dispersion, une partie des jeunes manifestants se sont engouffrés dans la ville, renversant des poubelles et allumant pétards et fumigènes. Deux voitures ont été incendiées et de très nombreuses autres ont eu leurs vitres cassées.

- 'Antisémitisme d'une forme nouvelle' -

Face à la polémique naissante, le Premier ministre a défendu la décision de son ministre de l'Intérieur. "Ce qui s'est passé hier encore à Paris, des débordements inacceptables, justifie d'autant plus le choix qui a été fait (...) d'interdire une manifestation", a-t-il déclaré, dénonçant "un antisémitisme d'une forme nouvelle", qui "se répand sur internet", "auprès d'une jeunesse souvent sans repère" qui "cache sa +haine du juif+ derrière un antisionisme de façade".

Décorant les chasseurs de nazis Beate et Serge Klarsfeld, le président François Hollande a affirmé sa volonté "que ne soit toléré aucun acte (...) qui puisse faire ressurgir l'antisémitisme et le racisme". Il a également appelé à "ne pas se laisser entraîner par des querelles qui sont trop loin d'ici pour être importées, ne pas se laisser emporter par les déflagrations du monde".

Le 13 juillet, une manifestation en soutien aux Palestiniens avait donné lieu à des violences entre manifestants et militants radicaux de la ligue de défense juive (LDJ) aux abords de deux synagogues parisiennes.

Interrogé par l'AFP, un haut responsable policier a défendu la stratégie des forces de l'ordre: "L'un des objectifs était d'éviter les affrontements communautaires et il n'y en a pas eu".

Depuis le début de la seconde Intafada en 2000, chaque soubresaut du conflit israélo-palestinien a des répercussions en France : multiplication des actes antisémites, propalestiniens "historiques" et pacifiques débordés par des jeunes issus de l'immigration maghrébine nourris d'antisémitisme et de "mythologie" palestinienne, militants d'extrême-gauche dont l'opposition à la politique d'Israël tourne parfois au credo antisémite.

Ces questions, sur fond de crise économique, de montée du "communautarisme" et de libération d'une parole haineuse sur les réseaux sociaux, ont achevé de cristalliser les lignes de fracture de la société française. Et ce, malgré une majorité de membres des communautés musulmane (entre 3,5 millions et 5 millions de personnes) et juive (500.000 personnes) qui vivent tranquillement, bien loin du conflit israélo-palestinien.

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