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Indonésie: les réseaux sociaux, "gendarme" de la présidentielle

18/07/2014 12:45 EDT | Actualisé 16/09/2014 05:12 EDT

Les réseaux sociaux très actifs en Indonésie rivalisent d'initiatives sur smartphones et internet pour surveiller le décompte de la présidentielle du 9 juillet très disputée, afin de garantir l'honnêteté du scrutin dont les résultats officiels doivent être annoncés la semaine prochaine.

Les craintes de fraude se sont accentuées depuis que les deux rivaux -- le gouverneur de Jakarta Joko Widodo et l'ex-général controversé Prabowo Subianto -- à cette élection la plus serrée depuis plus d'une décennie dans la troisième démocratie au monde ont crié victoire le soir du scrutin.

En attendant le verdict de la commission électorale qui doit annoncer le nom du vainqueur d'ici au 22 juillet, plus de 5.000 personnes ont déjà utilisé l'application pour smartphone Kawal Suara ("Protéger le résultat de l'élection") lancée le 12 juillet pour procéder à un décompte parallèle des bulletins de vote.

"Je n'aurais jamais pensé qu'autant de gens puissent participer à cela aussi rapidement", déclare à l'AFP le créateur de l'application, Reza Lesmana, décrivant cette initiative comme une "expérience sociale".

"Mais avec des estimations montrant des résultats différents et un écart assez réduit entre les deux candidats, je suppose que cela suscite beaucoup d'intérêt", dit-il.

Le soir de l'élection, des estimations réalisées par plusieurs instituts de sondage réputés, à partir d'échantillons de bulletins de vote, ont placé en tête Joko Widodo, surnommé Jokowi, avec près de 53% des suffrages, contre un peu plus de 47% pour Prabowo Subianto. Mais ce dernier a affirmé que certains instituts -- peu réputés -- le donnaient gagnant.

L'application Kawal Suara permet de voir des images scannées de procès-verbaux des bureaux de vote à travers l'archipel sur lesquels figurent les résultats du décompte manuel des bulletins, rendus publics pour la première fois par la commission électorale.

Les utilisateurs entrent les chiffres dont le total permet de connaître le score des deux candidats au niveau national, afin de s'assurer que les chiffres ne changent pas en cours de route -- par exemple en raison de falsifications -- lorsque les bulletins passent par quatre échelons administratifs avant d'être acheminés jusque dans la capitale Jakarta.

- "Implication sans précédent" -

La tâche est colossale et chronophage dans cet immense pays où plus de 130 millions d'électeurs ont voté dans près d'un demi million de bureaux de vote, mais après des efforts collectifs, le résultats établis par le décompte de Lesmana sont en ligne avec ceux des instituts réputés qui ont placé en tête Jokowi. En revanche, deux sondeurs qui ont donné Prabowo gagnants ont été discrédités mercredi après avoir refusé de révéler leurs méthodes.

Lesmana reconnaît que les résultats donnés par son site internet ne sont peut-être pas exacts à 100%, "mais je parierais sur eux", dit-il.

Un site similaire, Kawal Pemilu, mis au point pas le consultant en technologies Ainan Nadjib, basé sur la même méthode que l'application de Lesmana, aboutit à des résultats semblables.

Ces initiatives font écho aux appels répétés de Jokowi encourageant les Indonésiens à "protéger le résultat de l'élection", après le refus de Prabowo de concéder la défaite.

Jokowi a incité les internautes à mettre en ligne des photos de décompte des bulletins de vote sur Facebook et Twitter.

De nombreuses photos ont ainsi été publiées sur la Toile, inspirant un blog sur lequel ont été placées des images montrant des irrégularités et falsifications présumées sur des procès-verbaux de décompte de bulletins.

Aux yeux de l'analyste Philippe Vermonte, ce niveau d'implication du public visant à garantir l'honnêteté d'un scrutin est sans précédent en Indonésie, pays d'Asie du Sud-Est dont les habitants sont très friands de nouvelles technologies et d'internet.

"Je crois qu'il s'agit d'un nouveau bond pour la démocratie indonésienne. Les gens sont passionnés par le résultat de l'élection et par la manière dont ils peuvent participer à la surveillance" du bon déroulement du processus jusqu'à son terme, souligne M. Vermonte, du Centre des études stratégiques et internationales.

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