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Humain ou robot? Une série suédoise explore une frontière de plus en plus ténue

18/07/2014 02:26 EDT | Actualisé 16/09/2014 05:12 EDT

Alors que des robots ressemblant comme une goutte d'eau à des êtres humains sont inventés au Japon, le créateur de la série télévisée futuriste suédoise Real Humans a touché une corde sensible chez les téléspectateurs en imaginant notre cohabitation avec eux.

Diffusée sur la chaîne franco-allemande Arte, "Real Humans: 100% humain", du scénariste et acteur Lars Lundström, a pour protagonistes des humanoïdes appelés "hubots", une contraction d'humains et robots.

Ils sont vendus tels des esclaves, se rechargent à l'électricité, mais peuvent penser, prendre des décisions, ont une vie sexuelle et même des envies de liberté.

Leurs propriétaires veulent les garder dociles, manipulables comme des gadgets high-tech, les maintenir à leur place de domestiques, d'objets sexuels, ou même de substituts à un proche disparu.

Un mouvement anti-hubot, appelé "Real Humans" (les vrais humains), les voit comme une menace et plaide pour que la société se passe d'eux.

Pour M. Lundström, "le principal fondement de Real Humans c'est: qu'est-ce qu'un être humain?" Il brouille sciemment la séparation entre vivant et artificiel pour nous interroger sur des questions qui nous seront posées bientôt: est-il possible de créer un homme? Ne sommes-nous que des sortes de machines biologiques?

"C'est une question à laquelle il est dur, voire quasi impossible de répondre. Il est très rare que nous soyons confrontés à des interrogations sur le type de créature que nous sommes", déclare-t-il à l'AFP.

La réalité rejoint pourtant la fiction, puisque des scientifiques japonais ont créé des robots d'une ressemblance troublante avec des humains.

Ainsi Hiroshi Ishiguro, un des grands spécialistes nippons de la robotique, a déjà créé un androïde à son image, en caoutchouc et silicone, sacrifiant de ses propres cheveux pour garnir le crâne de son double. Il l'envoie à sa place pour des conférences à l'étranger.

Comment est venue à M. Lundström l'idée de départ de son étrange série ? "Peut-être était-ce après avoir vu un de ces robots quasi humains qu'on a fabriqués au Japon, mais je ne sais pas vraiment", explique M. Lundström.

"Je trouvais juste que c'était un excellent point de départ à une série dramatique". "J'ai volontairement évité d'absorber trop de science-fiction, parce que j'avais peur qu'elle m'influence".

- 'Chair de poule' -

La série, qui se déroule dans une Suède contemporaine mais fictive, a démarré en 2012 sur la chaîne publique SVT. Saluée par la critique, elle a été achetée par plus de 50 pays, du Canada à l'Australie en passant par la Corée du Sud.

Après une deuxième saison en 2013, les auteurs travaillent sur une troisième saison, mais ont du mal à trouver les financements.

Selon le magazine Variety, un remake anglo-américain serait en préparation pour 2015.

La série est pleine de rebondissements, de manigances et même d'histoires d'amour: des programmateurs violent leur contrat pour rendre les hubots encore plus humains, des humains brisent le tabou qui interdit les relations sexuelles avec eux.

Plus que les avancées de la science, la série veut faire réfléchir aux problèmes de l'époque: les préjugés, les minorités, l'immigration, l'exploitation, etc.

Les critiques en ont tout dit, depuis ceux qui trouvent la série malsaine, jusqu'à ceux qui l'élèvent au panthéon de la science-fiction télévisée.

Cette série "dérange" et "donne la chair de poule", écrivait l'expert en science fiction Charlie Jane Anders au moment de sa sortie.

"Les gens ont toujours eu une certaine peur face à la technologie et aux machines. Une des raisons pour lesquelles ils la trouvent effrayante est qu'elle montre un futur où les robots sont si semblables aux humains qu'ils pourraient finir par les remplacer", explique aujourd'hui à l'AFP Rosemari Södergren, critique télé suédoise.

Ainsi chez les Engman, le hubot Mimi devient quasiment un membre de la famille. Elle est si belle, intelligente et sensible que le fils tombe amoureux d'elle et que sa soeur craint que sa mère ne la préfère à elle.

- 'Supprimer tous les tics' -

Félicités pour leur performance, les acteurs jouant les hubots assurent que le tournage est épuisant.

"Il faut entrer dans des nuances toutes petites", affirme Lisette Pagler, qui joue Mimi. "Si on était trop machinal, le dialogue devenait inintéressant, et si on était humain, on n'était pas crédible en tant que robot".

Des mimes ont entraîné les acteurs à contrôler leurs mouvements.

Il est "frustrant de supprimer tous les tics humains qu'on a, de les contrôler en permanence. Il faut être conscient du moment où on cligne des yeux, on ne peut pas se gratter, on ne peut pas faire de geste brusque", explique "Mimi".

"Je n'avais jamais été aussi épuisée mentalement après si peu d'efforts physiques".

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