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Ukraine: le conflit dans l'Est sera long et l'exode massif, selon un expert

17/07/2014 04:05 EDT | Actualisé 15/09/2014 05:12 EDT

Le conflit avec les séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine risque de durer encore longtemps et l'exode des habitants pourrait décupler, selon des projections élaborées par un psychologue social ukrainien, spécialiste des conflits, Oleg Pokaltchouk.

Q. La situation militaire semble évoluer rapidement sur le terrain. Combien de temps durera encore le conflit ?

R. Au minimum un an. L'histoire nous enseigne que lorsque le contrôle est rétabli dans une zone de conflit, la partie vaincue passe aux actions terroristes et au sabotage, à la fois pour se venger et pour continuer le combat. D'autant que la population détient une très grosse quantité d'armes. Plus une région est pauvre et plus sa population est encline au terrorisme. Ainsi, ce risque sera plus élevé dans la région de Lougansk que dans celle de Donetsk, plus bourgeoise, plus commerçante. Dans la région de Lougansk il y a beaucoup de petites villes touchées par la dépression, où l'on trouve beaucoup d'alcooliques et de drogués.

Q. Une telle situation d'insécurité poussera-t-elle plus de gens à partir ? Aujourd'hui, on dit que 40.000 personnes environ ont déjà quitté la région et on estime à plus de mille les départs quotidiens.

R. Oui. Aujourd'hui les gens partent, car leurs vies sont directement menacées, leurs biens détruits. Mais lorsque l'artillerie, les chars et l'aviation cesseront les bombardements, les gens continueront à tirer les uns sur les autres, seulement ils le feront dans le dos, la nuit. Et on comprendra alors que le retour au calme et à la sécurité n'est pas pour demain. La grande vague de migration viendra avec l'hiver et le début de la saison de chauffage. Aujourd'hui, on n'a pas tellement besoin d'électricité et de gaz. Mais quand on se rendra compte que l'infrastructure est détruite... En observant la dynamique des départs, j'évalue leur nombre total à 400.000 en un an.

Q. Ces personnes déplacées iront-elles en Russie ou resteront-elles en Ukraine ?

R. Dans leur grande majorité elles resteront en Ukraine. Mais il faudrait faire en sorte que ces migrants intérieurs restent dans l'Est, car leur arrivée massive, avec leur mentalité post-soviétique, l'acceptation du paternalisme du pouvoir à l'égard de la société, leur vision du monde en noir et blanc, conforme aux clichés envoyés d'en haut, risquerait de provoquer des conflits dans les régions d'accueil. Si leur nombre atteint la masse critique, leur groupe deviendra agressif, cherchera à imposer ses règles du jeu.

Une solution serait de construire pour eux des colonies temporaires dans les régions de l'Est. Mais pas dans le Centre ou dans l'Ouest de l'Ukraine. Il pourrait y avoir parmi eux des agents russes bien intégrés qui les pousseraient à la contestation. Or la mentalité qui prévaut en Ukraine est beaucoup plus libérale qu'en Russie, elle est inspirée par la tradition du khoutor, la ferme paysanne bénéficiant d'une grande indépendance vis-à-vis du monde extérieur.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la Russie a du mal à dominer l'Ukraine: la Russie est un pays oriental, avec un système de pouvoir vertical, le communisme était pour elle une idéologie naturelle et elle croit que l'Ukraine est une petite Russie, qu'il suffit de prendre le pouvoir et tout le monde l'acceptera. Or, chez nous, il faut livrer une nouvelle bataille pour chaque khoutor.

Propos recueillis par Galina KORBA

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