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Les sanctions occidentales font trembler le marché russe mais de manière limitée

17/07/2014 09:34 EDT | Actualisé 16/09/2014 05:12 EDT

Chute de la Bourse de Moscou, des actions du géant pétrolier Rosneft ou du groupe gazier Novatek, déclarations acerbes de dirigeants: l'annonce de nouvelles sanctions occidentales a fait trembler le marché russe jeudi, mais leur impact devrait rester limité, selon des experts.

Dès le début des échanges, la Bourse de Moscou a plongé d'environ 3%. Vers 12H30 GMT, les deux indices de la place financière moscovite, le Micex (libellé en roubles) et le RTS (en dollars) étaient toujours en baisse, respectivement de 2,88% et 4,35%.

Le rouble chutait aussi à l'ouverture et valait vers 12H30 GMT 34,9 pour un dollar et 47,3 pour un euro.

Néanmoins, ces baisses restent relativement limitées comparé à celles observées en mars lors du rattachement de la Crimée à la Russie. Les indices de la bourse avaient alors chuté à des niveaux inédits depuis la crise de 2009.

Depuis aussi bien le cours du rouble que les indices boursiers ont rebondi à leur niveau d'avant la crise dans la péninsule ukrainienne.

- Secteurs clés visés -

L'Union européenne et les États-Unis ont durci mercredi soir leurs sanctions contre la Russie pour son implication dans la crise en Ukraine, Washington se démarquant en ciblant des acteurs-clés de l'économie russe.

Les États-Unis ont notamment ajouté à leur liste noire Rosneft, Novatek, la banque du géant gazier russe Gazprom, Gazprombank, et la banque publique russe VEB.

Selon les analystes de la banque Alfa bank, les sanctions limitent, entre autres, l'accès de ces entreprises au marché des capitaux américain et leur possibilité d'obtenir de nouveaux prêts.

Face à cette annonce, les actions du groupe gazier Novatek ont chuté (-8,76% vers 12H00 GMT). Celles de Rosneft, devenu début 2013 le premier producteur de pétrole coté en Bourse dans le monde, ont également plongé (-4,46% vers 12H00 GMT).

Le groupe, à l'influence grandissante depuis qu'il est dirigé par un proche du président Vladimir Poutine, Igor Setchine, a noué ces dernières années de gros partenariats avec des sociétés occidentales comme le britannique BP (qui détient 20% de son capital)et le norvégien Statoil, mais aussi avec l'américain ExxonMobil.

Les deux sociétés prévoient notamment d'ouvrir une usine de gaz naturel liquéfié (GNL) sur l'île de Sakhaline et sont également liées par un accord de partenariat stratégique en matière d'exploration pétrolière dans l'Arctique russe, en mer Noire ainsi qu'aux États-Unis et au Canada.

M. Setchine a réagi en indiquant que le groupe menait déjà des discussions avec son partenaire américain pour évaluer la portée et l'impact des sanctions.

"A première vue, cette décision (les sanctions, ndlr) ne va pas affecter la réalisation des projets actuels", a-t-il estimé.

Il a cependant fustigé les sanctions qualifiées "d'illégales".

"Une loi adoptée récemment m'interdit de faire part à la télévision de ce que je pense, avec les mots qui selon moi seraient les plus appropriés", a de son côté lancé le directeur de la banque VTB, Andreï Kostine, à la chaîne russe Rossiya 24.

M. Kostine faisait référence à une nouvelle loi russe interdisant l'emploi de mots grossiers dans les médias, les films et les spectacles.

- Faire du bruit -

Des analystes estiment cependant que les sanctions restent très ciblées et devraient avoir un impact limité sur l'économie russe.

"L'impact macroéconomique de cette dernière série de mesures est négligeable", estiment ainsi les analystes de VTB Capital.

Selon eux, les sanctions visaient surtout à faire du bruit en touchant des secteurs clés (défense, banque et énergie) et des entreprises d'envergure, tout en maintenant un "coût économique minimal".

"Si le financement par les banques américaines est important en soi, nous pensons que le principale menace est de savoir contre qui et jusqu'où les Européens vont suivre les Etats-Unis", ajoute Alfa Bank.

Les experts d'Eurasia group, basé à New York, estiment dès lors que cette série de mesures ne va pas influer sur "la ligne de conduite" de Vladimir Poutine.

"Ce qui rend le scénario d'une troisième vague de mesures cet automne assez plausible", poursuivent-ils.

"A quoi tout cela va mener? A augmenter la dépendance de la Russie envers la Chine", conclut de son côté l'analyste indépendante Maria Lipman.

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