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Moscou cherche les coupables après le déraillement d'une rame de son métro

16/07/2014 05:55 EDT | Actualisé 15/09/2014 05:12 EDT

La Russie a commencé mercredi la chasse aux coupables, interpellant deux ouvriers du métro de Moscou pour violation des normes de sécurité après le déraillement tragique d'une rame, dont le bilan ne cesse de s'alourdir.

"Le bilan est de 22 morts maintenant. Malheureusement, l'un des blessés est décédé à l'hôpital aujourd'hui", a déclaré à l'AFP le porte-parole du ministère de la Santé Oleg Salagaï.

Le précédent décompte faisait état de 21 morts et 217 blessés.

Parmi eux, selon M. Salagaï, 150 étaient encore hospitalisés mercredi, dont une quarantaine dans un état grave.

Après cet accident, décrit par le maire de Moscou Sergueï Sobianine comme "l'un des plus graves de l'histoire récente", une journée de deuil a été décrétée mercredi dans la capitale russe.

Les autorités s'attelaient de leur côté à trouver les coupables, alors que les critiques se multipliaient dans la presse et sur les réseaux sociaux, dénonçant les défaillances de la "ligne bleue", sur laquelle s'est produit le déraillement, et du réseau dans son ensemble.

Les enquêteurs ont "interpellé deux suspects pour violation des normes de sécurité dans les transports", a indiqué le Comité d'enquête, principal organe chargé des investigations criminelles en Russie.

Il s'agit du contremaître Valéri Bachkatov et de son assistant Iouri Gordov.

Selon les enquêteurs, à partir de mai dernier, sur le tronçon entre les stations Park Pobedy (Parc de la Victoire) et Slavianskï Boulevard, où s'est produite la catastrophe mardi matin à l'heure de pointe, des travaux préparatoires avaient été lancés afin d'installer un nouveau système d'aiguillage.

"Bachkatov et Gordov ont été directement impliqués dans ces travaux et dans le suivi de leur mise en oeuvre", a ajouté le Comité d'enquête.

Or, ces travaux n'ont pas été menés correctement, a estimé cette même source, précisant qu'un élément de ce système d'aiguillage s'était rompu, ce qui a abouti, selon des informations préliminaires, au déraillement.

Les deux hommes ont déjà été interrogés et doivent comparaître devant un tribunal jeudi, a précisé le comité.

Le président russe Vladimir Poutine avait immédiatement demandé l'ouverture d'une enquête et présenté ses condoléances aux familles des victimes.

Dans son communiqué, au ton vindicatif, le Comité d'enquête a d'ailleurs souligné qu'il ne s'en tiendrait pas à ces deux interpellations.

"Pour l'instant, parmi les suspects se trouvent des personnes directement impliquées dans les travaux. Mais le Comité d'enquête a l'intention d'arrêter et de poursuivre absolument toutes les personnes impliquées dans cette tragédie", a-t-il écrit.

Aussi bien les exécutants que les hauts responsables chargés de contrôler et de s'assurer du respect des normes de sécurité dans le métro seront poursuivis, a-t-il ajouté.

- Plaintes d'usagers avant le déraillement -

L'incident s'est produit à l'heure de pointe, vers 08H30 (04H30 GMT), entre les stations Park Pobedy, la station la plus profonde du métro moscovite ouverte en 2003, et Slavianskï boulevard, inaugurée en 2008.

Il a provoqué une onde de choc à Moscou.

"Cauchemar dans le métro", titrait mercredi le journal populaire Moskovskïi Komsomolets.

"Des gens normaux ont pris le métro (...) Quelques minutes plus tard, des passagers malchanceux se sont retrouvés dans un hachoir à viande. C'est une tragédie qui doit rester dans nos mémoires", a-t-il écrit.

"Si l'enquête n'est pas équitable et si elle rejette la responsabilité sur le conducteur ou sur un autre bouc émissaire", les autorités risquent de provoquer la colère des habitants de Moscou, a de son côté prévenu le site d'informations en ligne Gazeta.ru, dénonçant "les équipements vieillots, les économies faites sur la sécurité et une mise à niveau technologique en retard".

Par ailleurs, un ancien employé de Metrovagonmach, société spécialisée dans la construction de voitures de métro, a affirmé avoir été licencié en janvier après avoir fait part à ses supérieurs du recours à des pièces défaillantes dans la construction des wagons.

Plusieurs usagers également rapporté sur les réseaux sociaux s'être plaints ces derniers temps du mauvais état de la "ligne bleue", en vain.

L'internaute Sergueï Molostvov, 27 ans, a notamment publié sur sa page Facebook, une réponse datant d'il y a plusieurs jours de la direction du métro, qui lui assurait que toutes les normes étaient respectées. Il s'était plaint de "vibration" entre les stations Park Pobedy et Slavianskïi Boulevard.

lap/pop/bir

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