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Commerce illégal du bois: les efforts de la RDC jugés encore insuffisants

16/07/2014 04:23 EDT | Actualisé 14/09/2014 05:12 EDT

La République démocratique du Congo (RDC) a mis en place des mesures pour lutter contre l'exploitation illégale de sa forêt, mais celles-ci sont jugées encore largement insuffisantes par les observateurs.

Au port de Kinshasa, des centaines de grumes viennent de recevoir le "certificat de traçabilité" instauré en 2013 par les autorités. Muni de ce sésame, le bois va pouvoir être exporté, principalement vers l'Union européenne et la Chine.

La présence des agents du ministère de l'Environnement chargés de contrôler les troncs qui arrivent à la capitale en descendant le fleuve Congo est bien visible. Quelques fournisseurs et acheteurs habitués du port expliquent qu'il y est plus difficile qu'avant d'échanger du bois non certifié.

"Depuis la mise en place du processus de certification, je préfère acheter du bois certifié pour éviter des ennuis, étant donné que les agents du ministère de l'Environnement surveillent 24 heures sur 24", dit Papy Mubala, négociant en bois indépendant.

"Aujourd'hui, nous pouvons dire que l'exploitation illégale est réduite", affirme le ministre de l'Environnement congolais Bavon Samputu, reconnaissant cependant qu'"il y a quantité de bois qui sortent et qui sont frappés d'illégalité sur le marché européen".

Grande comme cinq fois la France, la RDC abrite plus de 60% des forêts denses du Bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical de la planète après celui de l'Amazonie, selon la Commission des forêts d'Afrique centrale (Comifac).

D'après cette organisation intergouvernementale, la déforestation y a nettement augmenté en 15 ans.

Pour Innoussa Njumboket, du Fonds mondial pour la nature (WWF), les efforts du gouvernement sont réels mais il est encore trop tôt pour mesurer les résultats de la nouvelle certification. "C'est un processus qui demande cinq ou six ans pour (...) passer à une bonne gestion forestière", dit-il.

- 'Illégalité généralisée' -

Le ministère est d'ailleurs dans l'incapacité de produire des données fiables permettant de prendre la mesure des résultats induits par ce processus, qui doit garantir au consommateur final que le bois acheté a suivi un parcours légal de la coupe jusqu'à la vente en passant par la transformation.

Fin 2013, l'organisation non gouvernementale britannique Ressource Extraction Monitoring (REM), chargée par Kinshasa d'observer de manière indépendante les progrès de la RDC en matière de contrôle de l'exploitation et du commerce du bois, concluait que la gestion forestière du pays se trouvait "dans une situation d'illégalité généralisée" malgré "tous les efforts consentis par l'Etat".

En avril, un rapport du cercle de réflexion britannique Chatham House dressait un constat similaire, estimant que près de 90% de l'exploitation forestière du pays est illégale.

Selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), la fraude est multiforme: corruption pour obtenir des licences, coupe dans des zones interdites, voire protégées, et dans le cas de concessions obtenues légalement, dépassement des droits d'abattage, exploitation d'essences non autorisées...

A plusieurs reprises ces derniers mois, Greenpeace a tenté d'alerter en France sur la légalité, selon elle douteuse, de cargaisons de bois importé en provenance de la RDC.

REM et le rapport de Chatham House estiment néanmoins que le gouvernement congolais a fait des efforts pour mieux contrôler l'exploitation dite "industrielle", destinée principalement à l'exportation outre-mer.

Cependant, note l'expert de Chatham House, "la majorité de la récolte en RDC est actuellement issue d'une exploitation artisanale illégale et destinée aux marchés domestiques et régionaux". Selon le PNUE, elle transite notamment par l'est du pays, où l'Etat cherche à rétablir son autorité face à des dizaines de groupes armés qui profitent souvent de ce trafic.

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