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USA: mariage à 27 mds USD entre les cigarettiers Reynolds et Lorillard

15/07/2014 02:08 EDT | Actualisé 14/09/2014 05:12 EDT

Les cigarettiers américains Reynolds American et Lorillard ont annoncé mardi leur fusion, avec l'aide des britanniques Imperial Tobacco et British American Tobacco, pour créer un mastodonte du secteur sur fond de montée en puissance de la cigarette électronique.

Reynolds, numéro deux américain avec ses marques historiques Camel et Pall Mall, va racheter le numéro trois, Lorillard, pour 68,88 dollars par action, soit 27,4 milliards de dollars, dette comprise.

L'opération, qui s'effectuera en numéraire et en actions, s'accompagne de la vente au britannique Imperial Tobacco de plusieurs marques phares, comme Kool, Salem et Winston, pour 7,1 milliards de dollars, a précisé Reynolds dans un communiqué.

Imperial Tobacco, qui devient ainsi un acteur majeur du marché américain, mettra la main sur la marque d'e-cigarette Blu de Lorillard et ses unités de production à Greensboro (Caroline du Nord), où sont employées quelque 2.900 personnes.

Les actionnaires de Lorillard, spécialisé dans les cigarettes mentholées (Newport), recevront 50,50 dollars en numéraire et 0,2909 action Reynolds par action Lorillard, ce qui représente une prime de 40,4% sur le prix de l'action le 28 février, date des premières informations de presse sur un possible rapprochement entre les deux cigarettiers.

British American Tobacco (BAT), fabricant des Dunhill et des Kent, qui voulait conserver sa part de 42% au sein de Reynolds, a accepté de mettre 4,7 milliards de dollars sur la table pour ce faire. Les actionnaires de Lorillard détiendront eux 15% du nouveau groupe.

A l'issue de la transaction, approuvée par les conseils d'administration des deux groupes, la nouvelle entité pèsera environ 59 milliards de dollars en Bourse. Lorillard était valorisé lundi à 24,37 milliards de dollars contre 33,87 milliards pour Reynolds.

Elle aura un chiffre d'affaires annuel situé autour de 11 milliards de dollars, avec un bénéfice opérationnel de 5 milliards. Susan Cameron, la directrice générale de Reynolds, sera aux commandes du nouveau groupe, qui devrait naître début 2015.

A Wall Street, les investisseurs semblaient déçus: l'action Lorillard dévissait de 8,69% à 61,38 dollars, tandis que Reynolds reculait de 5,06% à 59,98 dollars vers 18H00 GMT.

- Marlboro sous pression -

"Au vu du potentiel de Lorillard, nous attendions un prix plus élevé et des synergies plus conséquentes", commente Niki Modi, analyste chez RBC Capital Markets.

Les synergies devraient s'élever à 800 millions de dollars, alors qu'était attendue une fourchette de 900 millions et 1 milliard de dollar. Le prix d'achat espéré tournait autour de 70 dollars par action, soit 1 dollar de plus qu'offert par Reynolds.

Le mariage Reynolds-Lorillard risque de redessiner le paysage du marché du tabac américain, l'un des plus importants au monde, avec des ventes dépassant les 90 milliards de dollars en 2013, selon Euromonitor.

Reynolds détient actuellement 25% des parts de marché aux Etats-Unis, Lorillard 15%, tandis qu'Altria, le propriétaire des célèbres Marlboro, contrôle environ 50% du marché.

Pour mieux concurrencer Altria, Reynolds veut accélérer dans les secteurs en croissance de la cigarette électronique et des cigares.

Il va développer sa marque d'e-cigarette VUSE et partager ses technologies avec BAT pour concevoir et commercialiser de nouvelles marques d'e-cigarettes et des cigarettes qui chauffent le tabac plutôt que de le brûler.

La cigarette électronique continue de gagner du terrain et représentait 7 milliards de dollars de ventes mondiales l'an dernier, selon Euromonitor. Elle devrait atteindre les 50 milliards de dollars de ventes en 2030.

Ce succès a rogné sur les parts de marché des cigarettes à combustion, dont la baisse de la courbe des ventes annuelles semble correspondre à une montée en puissance de la cigarette par vaporisation et des autres produits contenant moins de nicotine.

Le marché du tabac souffre aussi de l'alourdissement de la fiscalité et des campagnes de sensibilisation agressives sur ses dangers pour la santé.

Ces changements mettent sous pression Altria, qui a tardé à prendre le train de l'e-cigarette.

Le numéro un américain ne peut plus seulement compter sur des hausses de prix et des réductions de coûts qui avaient permis ces dernières années aux cigarettiers de préserver leurs marges et leurs bénéfices, selon les analystes.

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