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Les Brics en sommet pour une nouvelle architecture financière

15/07/2014 12:08 EDT | Actualisé 14/09/2014 05:12 EDT

Les grands puissances émergentes des Brics ont lancé mardi au Brésil leur 6e sommet avec l'objectif de poser la première pierre d'une nouvelle architecture financière face à l'hégémonie occidentale.

La présidente brésilienne, Dilma Rousseff a reçu les dirigeants de Russie, d'Inde, de Chine et d'Afrique du Sud dans la station balnéaire de Fortaleza (nord-est), où elle a promis la "naissance" d'une "banque de développement" et d'un "accord sur les réserves" monétaires.

"Les Brics ont réalisé de grands pas afin de créer des institutions qui vont bénéficier à tous les pays émergents et en développement", a déclaré Mme Rousseff, avant les débats à huis clos.

La nouvelle banque vise à financer d'immenses travaux d'infrastructures au sein de ce club représentant 40% de la population et un cinquième de la richesse de la planète, tandis que le fonds de réserves doit répondre aux crises monétaires, parfois importées par la politique américaine.

Les pays émergents, dont certains donnent des signes d'essoufflement (avec seulement une prévision de croissance de 1% au Brésil ou en Russie) discutent depuis des années de ce double projet visant à faire contrepoids à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international (FMI), où ils s'estiment mal représentés.

- 'un pas important' -

Le président russe Vladimir Poutine a fustigé la "lenteur déraisonnable" de la réforme du FMI visant à accroître leurs droits de vote, dans un entretien à l'agence Itar-Tass.

La "banque des Brics" devrait compter sur un capital initial de 50 milliards de dollars, apporté à part égales par les membres d'ici sept ans.

Le fonds de réserves, qualifié de "filet de sécurité" par Mme Rousseff, offrirait de son côté un matelas de 100 milliards de dollars, 41 apportés par la Chine, 18 par la Russie, le Brésil et l'Inde, et cinq par l'Afrique du Sud.

Des divergences vives subsistent encore pour l'attribution du siège de la banque, l'Afrique du Sud insistant pour Johannesburg, alors que la Russie semble pencher pour Shanghai, au risque de froisser l'Inde, inquiet d'une domination chinoise. Reste aussi à déterminer quel pays assumera la présidence tournante.

"L'établissement d'une nouvelle banque de développement est un pas important pour donner aux Brics une colonne vertébrale", estime auprès de l'AFP l'analyste brésilien Marcos Troyjo, directeur du "BRICLab", un centre de recherche de l'université américaine de Columbia.

Ce nouveau système n'est "pas dessiné pour concurrencer les institutions traditionnelles" mais "a pour but de jouer un rôle complémentaire aux institutions basées à Washington", précise cet expert.

- position sur l'Ukraine -

Parallèlement à cette volonté d'autonomie financière, le rendez-vous des Brics est aussi l'occasion pour les émergents de faire entendre leur voix sur le plan diplomatique, en pleine crise ukrainienne.

"Tous les Brics prendront position sur cette question", a assuré Mme Rousseff.

De son côté, M. Poutine, de retour dans un sommet depuis son éviction du G8, entend rallier ses partenaires à sa croisade pour un "nouveau monde multipolaire" et les voir confirmer leur opposition aux sanctions occidentales.

Le patron du Kremlin, qui a effectué une tournée plus large, de Cuba à l'Argentine, appelle à "empêcher le harcèlement de pays en désaccord avec les décisions des Etats-Unis et leurs alliés".

Autre événement attendu, la première rencontre entre le président chinois Xi Jinping et le Premier ministre indien, le nationaliste hindou, Narendra Modi, s'est déroulée de manière "fructueuse", chacun convenant de la "nécessité de trouver une solution" à leurs récurrentes tensions frontalières, selon un communiqué commun.

Après Fortaleza, les dirigeants des Brics se rendront mercredi à Brasilia pour des rencontres avec des chefs d'Etat sud-américains, suivies jeudi un sommet spécial entre la Chine et l'Amérique latine, signe de l'intérêt de Pékin qui a consacré à cette région près de 20% de ses investissements l'an dernier.

Un imposant dispositif de sécurité a été mis en place avec le déploiement de 6.400 militaires dans les deux villes brésiliennes en raison de la menace d'un climat social agité après le Mondial de football.

pz/bir

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