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Nadine Gordimer, chroniqueuse des absurdités de l'apartheid

14/07/2014 09:54 EDT | Actualisé 13/09/2014 05:12 EDT

La romancière et prix Nobel sud-africaine Nadine Gordimer, décédée dimanche à 90 ans, a mis sa plume au service de la lutte contre l'apartheid, dont elle a fait "surgir l'Histoire à partir de vies individuelles".

"Quand on écrit, on n'est jamais isolé de sa société et de son monde", disait cette anglophone blanche, qui a toujours refusé de quitter l'Afrique du Sud même aux heures les plus sombres de la ségrégation raciale.

Mais "un auteur doit faire attention dans une situation conflictuelle, où il a des opinions fortes, à ne pas écrire de propagande", poursuivait-elle.

Elégante jusque dans ses dernières années, cette fille d'immigrés juifs a développé une prose à son image: sobre, subtile et sans concession.

Elle laisse quinze romans (La fille de Burger, Histoire de mon fils, Personne pour m'accompagner...) et de nombreuses nouvelles (L'Etreinte d'un soldat, Quelque chose là bas...), dont certains ont été interdits sous l'apartheid.

Au travers de portraits d'une grande finesse psychologique, elle y raconte les ambiguïtés de ses compatriotes. Dans Le Conservateur (1974), elle imagine le malaise d'un riche Afrikaner qui se retrouve avec le cadavre d'un de ses employés noirs sur les bras. Dans Ceux de July, 1981, elle décrit les états d'âme d'une mère de famille blanche obligée de se réfugier chez son domestique à cause d'une révolution.

Son oeuvre est "sensible à la vulnérabilité d'individus contraints de faire des choix politiques mais sans pitié lorsqu'elle décrit les faux-semblants de la bonne conscience", résumait en 2007 l'ambassadeur de France à Pretoria, Denis Pietton, en lui remettant la Légion d'honneur.

Née le 20 novembre 1923, Nadine Gordimer a grandi dans un quartier aisé de la petite ville minière de Springs, à l'est de Johannesburg. Sa mère, convaincue qu'elle souffre d'une faiblesse cardiaque, la retire de l'école.

Mais la fillette fréquente assidûment les bibliothèques, se met à l'écriture dès l'âge de 9 ans et publie sa première nouvelle à 15 ans dans une revue locale.

"Des années plus tard, j'ai réalisé que si j'avais été Noire, je ne serais probablement pas devenue écrivaine puisque les bibliothèques que je fréquentais leur étaient interdites", dira-t-elle en recevant le prix Nobel de littérature en 1991.

Nadine Gordimer s'engage activement dans la lutte contre l'apartheid après l'arrestation d'une amie proche en 1960. Elle devient membre du Congrès national africain (ANC), alors interdit, et aide des militants recherchés par la police.

Proche des avocats de Nelson Mandela, elle fut l'une des premières personnalités que l'icône de la lutte anti-apartheid a demandé à voir après sa libération de prison en 1990.

Elle a continué à écrire après l'avènement de la démocratie en 1994, n'hésitant pas, malgré son grand âge, à pointer les défauts du nouveau pouvoir des successeurs de Nelson Mandela.

Mais elle a refusé d'ajouter sa voix au concert de critiques sur la violence de la société (contrairement à André Brink ou J.M. Coetzee) même après avoir été victime d'un cambriolage en 2006.

"Un des cambrioleurs m'a tenu par le bras. Il avait un bras musclé, ferme et j'ai pensé: ces mains n'ont-elles rien de mieux à faire que de voler une vieille dame? Quel gâchis pour ces quatre jeunes hommes, ils devraient avoir un travail", a-t-elle commenté dans le Guardian.

Très secrète sur sa vie privée, elle s'est opposée à la publication d'une biographie en 2005 où l'auteur, Ronald Suresh Roberts, décrivait longuement la maladie de son dernier époux, décédé.

Nadine Gordimer a été mariée à deux reprises et a eu un enfant de chaque alliance.

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