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Les Brics, en sommet au Brésil, veulent afficher leur indépendance

14/07/2014 09:59 EDT | Actualisé 13/09/2014 05:12 EDT

Les grands puissances émergentes des Brics tiennent mardi au Brésil leur 6e sommet avec l'objectif de créer leur banque et fond de réserves, signal d'indépendance face aux institutions financières dominées par les Occidentaux.

Les dirigeants du Brésil, de Russie, d'Inde, de Chine et d'Afrique du Sud vont tenter de s'accorder sur une nouvelle architecture financière, serpent de mer qui agite depuis des années ce club représentant 40% de la population et le cinquième du PIB de la planète.

La présidente du Brésil Dilma Rousseff a promis de poser la première pierre d'une "nouvelle banque de développement" et d'un "accord sur les réserves" monétaires. "Lors de ce sommet, tous les deux vont naître", a-t-elle affirmé.

Les réunions de travail se déroulent dans la station balnéaire de Fortaleza (nord-est) puis mercredi à Brasilia, deux villes placées sous la protection de 6.400 militaires dans un pays où plane la menace d'un climat social agité après le Mondial de football.

La banque des Brics, qui vise à financer les travaux d'infrastructures, devrait compter sur un capital initial de 50 milliards de dollars, apporté à part égales par les membres d'ici sept ans.

"C'est une clé pour renforcer la croissance des Brics", a lancé le ministre brésilien des Finances, Mauro Borges, au moment où la croissance des émergents donne des signes d'essoufflement, notamment au Brésil et en Russie, avec des prévisions de 1% cette année.

- "Une colonne vertébrale" -

L'accord sur les réserves offrirait un matelas de 100 milliards de dollars, dont 41 apportés par la Chine, 18 par la Russie, le Brésil et l'Inde, et cinq par l'Afrique du Sud. Une sécurité en cas de crises monétaires sans passer par le Fond monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale (BM).

"L'établissement d'une nouvelle banque de développement est un pas important pour donner aux Brics une colonne vertébrale", admet auprès de l'AFP l'analyste brésilien Marcos Troyjo, directeur du "BRICLab", un centre de recherche de la prestigieuse université américaine de Columbia.

Ce nouveau système n'est "pas dessiné pour concurrencer les institutions traditionnelles" mais "a pour but de jouer un rôle complémentaire aux institutions basées à Washington", précise cet expert, qui voit là pour les Brics l'occasion de "démontrer leur capacité à construire".

Un défi en perspective car les tensions semblent toujours fortes au sein du groupe pour l'attribution du siège de la banque, l'Afrique du Sud insistant pour Johannesburg, alors que la Russie semble pencher pour Shanghai, au risque de froisser l'Inde, inquiet d'une domination chinoise.

Les Brics devraient en revanche s'entendre pour dénoncer leur sous-représentation dans les institutions de Bretton Woods.

Dans un entretien à l'agence russe Itar-Tass, le président russe Vladimir Poutine a fustigé la "lenteur déraisonnable" de la réforme du FMI visant à accroître leurs droits de vote.

Le patron du Kremlin, de retour dans un grand sommet international en pleine crise ukrainienne, espère aussi rallier ses partenaires dans sa croisade pour un "nouveau monde multipolaire".

"Ensemble, nous devrions penser à un système de mesures qui empêcherait le harcèlement de pays en désaccord avec les décisions des Etats-Unis et leurs alliés", a affirmé M. Poutine, qui a effectué une tournée plus large, de Cuba à l'Argentine.

Plusieurs dirigeants sud-américains, souvent prompts à dénoncer la domination de Washington, ont aussi été invités à se joindre à la réunion des émergents, qui se transformera jeudi en sommet avec la Chine, qui a placé l'an dernier près de 20% de ses investissements dans cette région.

Sur le plan diplomatique, la première rencontre très attendue entre le président chinois Xi Jinping et le Premier ministre indien, le nationaliste hindou Narendra Modi, s'est tenue peu avant le sommet.

Après un entretien de plus d'une heure à Fortaleza, les deux hommes ont souligné la "nécessité de trouver une solution" à leurs récurrentes tensions frontalières, dans un communiqué commun.

M. Modi, qui effectue au Brésil sa première grande sortie internationale, a estimé "important de renforcer la confiance mutuelle et la tranquillité aux frontières".

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