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Près de Lougansk, un village sur la ligne de front

13/07/2014 03:47 EDT | Actualisé 11/09/2014 05:12 EDT

Sacha, 54 ans, Alexandre, 44 ans et Guennadi, 40 ans, sont croque-morts. Leur village de Stanitsa Louganskaïa est sur la ligne de front, à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Lougansk, une des grandes villes de l'est de l'Ukraine tenues par les séparatistes prorusses. Et des morts, ils en ont vu assez.

"Quand ils se tirent dessus, c'est normal. Quand ça se rapproche, on s'abrite. Mais quand il y a des avions, alors là tout le monde part en courant," explique Sacha.

Il faut dire que le 2 juillet, la rue Ostrovka, où habitent les trois amis, a été prise pour cible par un avion ukrainien. Sur près de 300 mètres, une salve de roquettes a touché une demi-douzaine de maisons. Huit habitants ont été tués sur le coup. Deux autres sont morts de leurs blessures à l'hôpital.

Les survivants assurent qu'il n'y avait aucun objectif militaire dans le quartier, même si la localité est sous contrôle séparatiste et qu'eux-mêmes affichent volontiers leurs sympathies prorusses.

Stanitsa Louganskaïa est située entre des positions des forces loyalistes ukrainiennes, au nord, et séparatistes, à l'ouest. Et tous les jours, les échanges d'artillerie passent au-dessus du village. Non loin d'une des entrées de la localité, un pont de chemin de fer constitue un autre objectif stratégique, souvent pris sous le feu.

- Nulle part où aller -

"En général, ils se tirent dessus tôt le matin. Et puis encore en fin d'après-midi", explique Guennadi. "Heureusement, à part la frappe de l'avion, rien n'est encore tombé sur le quartier".

Mais après l'attaque, les villageois ont préféré réduire les risques au maximum. Sur la centaine d'habitants de la rue, il n'en reste qu'une douzaine, presque tous des hommes.

Mais Sacha, comme ses amis, n'a aucune intention de partir. "Ça fait plus de 40 ans que je vis ici et je vais tout laisser tomber? Ma maison, mon boulot? Et en plus, je n'ai nulle part où aller". Et pourtant la vie n'est pas simple, "tout est fermé et tout le monde a peur".

Nadejda Prokofieva, 63 ans, n'a elle non plus pas de solution de rechange. Alors elle reste dans sa maison, ou plutôt ce qu'il en reste. Les murs ont été à moitié enfoncés par le souffle des roquettes, les plafonds léchés par les flammes, laissant une prégnante odeur de brûlé. Dans le jardin, un morceau de roquette est fiché dans le sol, au fond d'un cratère profond d'un mètre et large de plus de deux.

Il n'y a plus d'électricité, mais par chance, la pompe à eau a survécu. Quelques poules lui donnent des oeufs, et il lui reste trois lapins.

"Ici, il n'y avait aucun terroriste (nom que les autorités de Kiev donnent aux séparatistes prorusses, NDLR). Et tout d'un coup, ça. Ce n'est pas possible, je n'arrive pas à comprendre. C'est pire que le fascisme".

La retraitée assure n'avoir reçu "aucune aide, rien," depuis dix jours. "Il faut qu'ils arrêtent, je n'ai nulle part où aller. Qu'est-ce qui pourrait être pire?", se lamente-t-elle.

Une grande cicatrice parcourue de points de suture barre de haut en bas le menton d'Ivan Mironenko, 58 ans. Son épouse, elle, n'a pas survécu au bombardement. "Pourquoi le monde se tait-il alors que des frères tuent des frères, que nous sommes soi-disant tous Ukrainiens?"

so/via/jh

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