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L'artiste brésilien Vik Muniz se joue de la perception

13/07/2014 07:06 EDT | Actualisé 12/09/2014 05:12 EDT

De loin, c'est le visage d'un bébé de deux ans, "Vik". De près, ce sont des centaines de photos de famille découpées et savamment recomposées pour faire naître cette bouille enfantine: l'artiste brésilien Vik Muniz présente une série d'oeuvres autour de la perception, aux Rencontres d'Arles, en France.

Dans cette série grand format noir et blanc intitulée "Albums" (2014), Muniz montre entre autres un couple de mariés et une femme élégante prenant un bain de soleil, créés selon le même procédé, avec une mosaïque de photos découpées puis collées.

"La révolution numérique a changé notre rapport à la photographie", déclare en français à l'AFP Vik Muniz, né en 1961 à Sao Paulo. "Ce qui était relativement rare est devenu surabondant".

"Je suis né dans une favela. Ma famille était pauvre. Nous n'avons jamais eu d'appareil photo à la maison", raconte l'artiste. "Ma tante, qui habitait Miami, venait nous voir une fois par an et me prenait en photo; je découvrais le résultat l'année d'après seulement, lorsqu'elle revenait".

"J'ai à peu près neuf images de moi enfant. Je les chéris beaucoup", confie Vik Muniz.

"Dès l'âge de 21 ans, lorsque je suis arrivé à New York, j'ai commencé à acheter aux puces des photos de famille. J'aimais imaginer la vie de ces gens".

Depuis, Vik Muniz n'a pas cessé de collectionner les photos "vernaculaires", celles des amateurs, qui saisissent les moments importants de la vie de chacun: anniversaire, communion, mariage, vacances...

"Depuis quinze, vingt ans - avec la révolution numérique - j'ai vu un changement radical dans la façon dont les gens voient leur mémoire familiale. Auparavant, les photos de famille argentiques se passaient de génération en génération. Puis il y a eu une rupture".

"Les disponibilités de photos de famille, via les sites aux enchères, les réseaux internet, les puces, ont augmenté de façon exponentielle", poursuit le collectionneur.

Vik Muniz possède 250.000 photos, qui alimentent son travail.

- Une affaire de smoking -

Il collectionne aussi les cartes postales. Avec elles, il a créé une série "Cartes postales de nulle part".

Il leur fait subir le même traitement que les photos: il les découpe pour les coller ensuite et faire apparaître une nouvelle carte postale mosaïque. "La plage", "Avion de ligne" ou encore un Paris rêvé sont à découvrir au festival de photographie d'Arles, dans le sud de la France.

Fils d'un garçon de restaurant et d'une mère standardiste, Muniz peine à l'école mais dessine bien. Il obtient une bourse à 14 ans pour étudier le dessin académique. Il passe deux ans à l'école de psychologie de Sao Paulo mais échoue.

"Je me suis dit que je pourrais réunir mon intérêt pour la psychologie et la représentation en travaillant dans la publicité". Son premier travail consiste à améliorer la visibilité des affiches de rue. "Je devais étudier ce que donnait une image selon qu'on était loin ou proche d'elle".

A 19 ans, alors qu'il se rend en smoking à une soirée pour recevoir un prix décerné par une agence de publicité, il sépare une bagarre. La victime le prend pour son agresseur, lui aussi en smoking, et lui tire dans la jambe avec un revolver.

"Pour compenser cet accident, il a payé mes dépenses d'hôpital et m'a donné de l'argent avec lequel je me suis payé un billet pour l'Amérique en 1982".

"Mon idée était de passer six mois mais je suis resté. J'habitais à New York, East Village, où fleurissaient les galeries".

"Ma génération était en train de restituer sous forme d'une production nouvelle tout ce qu'elle avait lu, vu à la télévision, appris", dit-il en citant les artistes Cindy Sherman et Jeff Koons.

"J'ai vu la possibilité de faire un genre d'art qui appliquerait tous les intérêts que j'avais pour la psychologie, la perception, les médias".

Vik Muniz est devenu un artiste inventif internationalement reconnu. Il vit entre Rio et New York, se rend souvent à Londres et Paris.

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