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Grèce: les créances douteuses, bombe à retardement

13/07/2014 01:58 EDT | Actualisé 11/09/2014 05:12 EDT

En 2010, Dimitris Pikrodimitris a souscrit un crédit immobilier. Il touchait alors 27.000 euros par an. Aujourd'hui, il ne gagne plus que 6.500 euros et, comme un nombre croissant de Grecs, ne rembourse plus, phénomène qui inquiète les experts en économie.

"J'ai des difficultés à faire face à mes dépenses courantes. Quant au prêt, je ne l'ai pas remboursé depuis au moins deux ans", confie à l'AFP cet agent d'assurances de 39 ans.

La Banque de Grèce a récemment annoncé que l'encours des prêts "non performants", ceux dont le remboursement accuse plus de 90 jours de retard, atteint 77 milliards d'euros, "un défi majeur pour les banques", selon l'ancien ministre des Finances, Yannis Stournaras, désormais à la tête de la banque centrale du pays.

Les remboursements ont cessé sur à peu près 30% des prêts immobiliers et des prêts aux entreprises, et sur la moitié des prêts à la consommation, remarque l'avocat Victor Tsiafoutis, qui aide les débiteurs au sein d'un groupe de défense des consommateurs. "C'est une bombe qui va exploser et créer une brèche dans le système bancaire", car "qui pourrait faire face à un défaut de 70 milliards d'euros?"

Et, selon la banque de Grèce, la proportion de ces prêts douteux est en hausse, à 33,5% de l'ensemble à la fin mars, contre 32% un an auparavant. Ils sont principalement à l'origine des quelque 600 millions d'euros de pertes des banques grecques au premier trimestre.

- "Problème sérieux mais gérable" -

"Leur nombre important affaiblit encore le processus de reprise économique" -- le gouvernement espère 0,6% de croissance cette année, après six ans de récession -- "et représente un risque important pour les banques", ajoute George Pagoulatos, professeur de politique et économie européennes.

Afin d'épargner les petits propriétaires immobiliers, la Grèce a restreint la possibilité d'enchères forcées sur la résidence principale. Mais il reste environ 100.000 cas à résoudre devant les tribunaux.

Récemment, la Banque de Grèce a publié un corpus de recommandations aux banques sur la manière de gérer ce problème, notamment par des effacements partiels de dette, l'allongement de la durée du prêt ou l'acceptation de garanties collatérales plus nombreuses.

Mais il ne s'agit que de recommandations, que les banques ont jusqu'à décembre pour appliquer, le cas échéant. En attendant, Dimitris Pikrodimitris et les autres continuent à souffrir: rien que pour la renégociation de son prêt, on lui a demandé 3.600 euros, plus de la moitié de son revenu annuel.

Celui-ci, qui "essaie d'éviter la faillite", est amer: "quand j'ai souscrit le prêt, j'ai pris un risque, et la banque aussi. Mais moi je vais perdre mon logement, alors que la banque ne perdra jamais".

Me Tsiafoutis accuse les banques d'avoir "manipulé" les Grecs avant la crise, d'avoir joué "un rôle très sombre" en incitant "des gens incapables de comprendre ce qu'ils signaient" à souscrire des crédits, y compris en devises étrangères.

Quelque 70.000 consommateurs qui ont pris un crédit en francs suisses s'en souviennent, alors que cette monnaie s'est fortement appréciée face à l'euro depuis la crise. Le principal d'une dette initiale de 100.000 euros peut ainsi atteindre désormais 130.000 euros. De plus, les banques n'hésitent pas à appliquer des taux de 20% sur les cartes de crédit, et de 15% sur les crédits à la consommation, quand le taux de base de la BCE est à un plus bas historique, à 0,15%. Pour l'avocat, les taux d'emprunt "devraient être abaissés à 5 à 7%".

Les banques elles-mêmes se veulent rassurantes: "C'est un problème extrêmement sérieux, mais gérable", selon Michalis Sallas, président de la Banque du Pirée.

Jugeant "qu'il n'y avait pas de menace pour le système bancaire", il a insisté sur l'appréciable capiton financier dont se sont entourées les banques du pays, recapitalisées l'an dernier grâce au FMI et à l'UE, après avoir dû annuler plus de 100 milliards d'euros de la dette de l'Etat en 2012.

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