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Espagne: trois candidats dont un "surprise" pour relever un parti socialiste exsangue

11/07/2014 12:45 EDT | Actualisé 09/09/2014 05:12 EDT

En pleine crise amplifiée par sa débâcle aux Européennes, le parti d'opposition socialiste espagnol élit dimanche son nouveau secrétaire général, dans un scrutin direct marqué par la percée surprise d'un nouveau venu, déjà surnommé "le beau Pedro".

Signe de la fin d'une époque pour le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), première force d'opposition en Espagne, Alfredo Perez Rubalcaba, 62 ans, vétéran de la politique qui avait assumé la déroute aux législatives fin 2011 face au Parti populaire (PP, droite) de l'actuel chef du gouvernement Mariano Rajoy, a démissionné de ce poste après le scrutin européen.

Ministre et porte-parole des gouvernements de Felipe Gonzalez (1982-1996) et de José Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011), Rubalcaba, l'a reconnu lui-même : "Une tache énorme attend" son successeur pour "rénover" un parti de 135 ans.

Les trois candidats en campagne en sont d'ailleurs bien conscients. D'autant que le parti est divisé sur plusieurs sujets, comme le référendum d'autodétermination qu'entend organiser le 9 novembre la Catalogne, région du nord-est du pays en proie à une forte poussée indépendantiste.

Le parti socialiste "se trouve à un moment critique", a affirmé l'un d'eux, José Antonio Pérez Tapias, un Sévillan de 59 ans, professeur et doyen de l'université de philosophie et des lettres de Grenade (sud), lors de l'unique débat entre les candidats lundi.

"En 2008, nous avons remporté 11 millions de votes. Aux dernières élections européennes trois millions et demi", a-t-il résumé.

Face à cet ancien député, qui prône un virage radical à gauche, deux autres candidats plus jeunes partent avec une claire avance : d'abord l'inattendu Pedro Sanchez, 42 ans, professeur d'économie et député, jusqu'ici peu connu du grand public, qui fait désormais figure de favori.

- L'exemple Renzi -

Arrivé premier loin devant les autres avec 41.338 signatures de militants valides, le télégénique député, surnommé "le beau Pedro", apparaît comme le candidat surprise capable de rééditer le coup d'éclat de Zapatero en 2000 qui avait ravi la direction du parti au favori José Bono.

Pedro Sanchez fait désormais jeu égal, voire dépasse dans les sondages Eduardo Madina, 38 ans, actuel secrétaire général du PSOE au Congrès des députés. Ce député originaire du Pays basque, amputé de la partie inférieure d'une jambe après un attentat de l'ETA en 2002, joue lui sur son "expérience" au sein du parti.

"Le nouveau socialisme que défend Pedro Sanchez veut s'inspirer d'un modèle qui est, dans son imaginaire de socialisme à la dérive, un paradigme de succès politique : Matteo Renzi", le chef du gouvernement italien, estime le journal de droite ABC.

Avec "un message réformiste, avec des prises de positions propres y compris contraires à celles de l'austérité allemande, (...) prenant ses distances avec le populisme mais gardant le contenu social du message, et surtout prônant un changement de la loi électorale et de la Constitution pour améliorer la qualité de la démocratie", décrit le journal.

"Le parti traverse une crise car les citoyens nous ont retiré peu à peu leur confiance", admet auprès de l'AFP Begona Crisellys, une élue locale qui défend, comme la majorité des militants selon les sondages, un virage à gauche.

Les affaires de corruption en série, le chômage et la crise bancaire qui ont laissé des centaines de milliers de petits propriétaires à la rue, ont jeté le discrédit sur "la caste" dirigeante, comme la surnomme Pablo Iglesias, le chef de Podemos.

Pedro Sanchez le sait bien et prend régulièrement pour cible ce petit parti de gauche radicale, issu du mouvement des indignés, qui fut la grande surprise du scrutin européen en remportant 5 sièges sur les 54 de l'Espagne tandis que le PSOE en a perdu neuf et le PP huit.

Dimanche, afin de répondre aux exigences de transparence, le nouveau secrétaire général sera élu, pour la première fois, par un vote direct à bulletin secret de près de 200.000 militants.

Quel que soit le résultat, ce choix devrait être validé par le Congrès extraordinaire des délégués du parti, déjà annoncé pour les 26 et 27 juillet à Madrid.

Mais la tête de liste aux législatives de 2015 sera, elle, issue de primaires ouvertes que les trois candidats se sont déjà engagés à organiser en novembre.

ib/myl

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