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Ukraine : les chars de Kiev avancent vers Donetsk, pas d'attaque éclair attendue

10/07/2014 09:41 EDT | Actualisé 09/09/2014 05:12 EDT

Les forces de Kiev prenaient position jeudi à une vingtaine de kilomètres au sud de Donetsk, mais une attaque contre les rebelles prorusses ne semblait pas imminente, un responsable évoquant même le délai d'un mois, ce qui laisserait encore une chance à la diplomatie.

Une colonne de chars, autres blindés et camions, d'un kilomètre et demi de long, est arrivée la veille de Marioupol, ville distante de 110 km de Donetsk, sans combats, avant de se disperser vers plusieurs endroits, ont indiqué à l'AFP des soldats ukrainiens, cependant que des engins de terrassement creusaient des tranchées dans les champs de tournesols et de maïs, près du village d'Olenivka.

Les forces loyalistes cherchent actuellement à encercler les deux places fortes des insurgés dans l'Est, Donetsk et Lougansk.

Les journalistes de l'AFP ont vu de près un char et deux véhicules de combat blindés placés chacun d'un côté d'une petite route de campagne, derrière des défenses en terre creusées au bulldozer. Plus loin, on apercevait un canon antiaérien et un groupe plus important de blindés et de camions militaires, disséminés dans des bosquets.

Ces derniers jours, les forces loyalistes ont repris aux rebelles plusieurs villes, dont Slaviansk samedi, et Kiev a annoncé la mise en place d'un blocus de Donetsk et de Lougansk. Une ville de 12.000 habitants dans la région de Donetsk, Siversk, était sur le point de passer jeudi sous le contrôle des forces loyalistes, les rebelles l'ayant quittée sans combats, a annoncé un porte-parole militaire.

Le président Petro Porochenko et d'autres responsables ukrainiens ont dit avoir ordonné que les opérations contre les insurgés soient réalisées de manière à ne pas causer de pertes dans la population civile, une règle qui ne semble pas toujours observée sur le terrain, selon des témoignages recueillis à Lougansk.

Ainsi, si les forces de Kiev sont supérieures à celles des rebelles en hommes et en matériel, en principe elles ne peuvent utiliser pleinement ces avantages ni à Donetsk, qui affiche un million d'habitants, ni à Lougansk, qui en compte cinq cent mille.

Un haut responsable ukrainien a affirmé mercredi soir qu'il n'y aurait "aucun bombardement aérien, aucun bombardement d'artillerie" sur Donetsk et Lougansk, précisant que "le blocus des villes est sur le point d'être achevé" et expliquant que, par conséquent, leur reconquête "pourrait intervenir en l'espace d'un mois".

Stanislav Retchinskiï, conseiller du ministre de l'Intérieur, a confirmé sur la chaîne de télévision Ukraïna que "les troupes et le matériel" étaient "en train d'être rassemblés près de ces villes", tandis que du côté des rebelles "on observe chaos et nervosité".

- Près de 500 civils tués -

La situation militaire semblait calme dans les zones de conflit jeudi matin. Les autorités ukrainiennes ont signalé la mort de deux hommes, tués lorsqu'un transport de troupes blindé BTR-80 a sauté sur une mine dans la région de Donetsk, et d'un troisième dans la région de Lougansk, où un camion militaire est tombé dans une embuscade.

Le ministère ukrainien de la Santé a publié jeudi son dernier bilan des victimes civiles depuis le début de "l'opération antiterroriste" il y a près de trois mois, soit 478 morts, dont trente femmes et sept enfants, et 1.392 blessés, dont 104 femmes et 14 enfants.

Côté militaire, l'addition des bilans partiels donnés par le ministère de la Défense aboutit au chiffre de 215 soldats tués, auxquels s'ajoutent 12 morts dans les rangs de la Garde nationale.

Les rebelles, pour leur part, ne publient pas de chiffres sur leurs pertes.

Au plan diplomatique, même si les échanges entre l'Ukraine, la Russie et les Occidentaux se poursuivent, aucun progrès immédiat n'est en vue en raison des conditions posées par Kiev, appuyé en des termes prudents par l'Occident, à un éventuel cessez-le-feu, que Moscou voudrait "inconditionnel".

Dans un entretien téléphonique à trois, le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel ont demandé ensemble jeudi au président russe Vladimir Poutine de faire pression sur les séparatistes pour les "amener à négocier effectivement", a annoncé l'Elysée dans un communiqué.

La veille, Mme Merkel et M. Hollande ont invité au téléphone le président ukrainien Petro Porochenko à faire preuve de "retenue" au plan militaire "afin d'épargner les populations civiles", selon Paris.

Mme Merkel pourrait avoir l'occasion de reparler directement du conflit au dirigeant russe, qu'elle doit rencontrer dimanche à Rio, en marge de la finale du Mondial de football, a déclaré un conseiller du Kremlin.

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