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Cynk Tech, la flambée boursière d'une entreprise fantôme à Wall Street

10/07/2014 04:46 EDT | Actualisé 09/09/2014 05:12 EDT

Contes de fées ou coquille vide? La start-up Cynk technologies, qui dit jouer les entremetteurs entre l'internaute et des célébrités, a flambé de plus de 24.000% en Bourse en quelques jours et pèse désormais près de 4 milliards de dollars.

Cette action à moins d'un dollar ("Penny stock") a connu une ascension vertigineuse qui pourrait n'être qu'un mirage: elle est passée de 0,06 dollar le 16 juin à 6,25 dollars deux semaines plus tard avant de redescendre.

Une nouvelle poussée a débuté lundi, date à laquelle l'action est passée de 4,95 dollars à plus de 16 dollars jeudi, avant de chuter de nouveau en clôture.

-Johnny Depp et Di Caprio-

Cynk Technologies, inconnue de la communauté financière, rivalise désormais avec Groupon (4,43 milliards de dollars), le spécialiste des offres de remises de prix, et la radio sur internet Pandora (5,37 milliards).

Selon des documents boursiers, l'entreprise qui avait fait son entrée en Bourse sous le nom Introbuzz en 2012, n'a pourtant déclaré aucun chiffre d'affaires sur ses derniers exercices. Le dernier document boursier qui remonte à novembre dernier, fait état d'une perte nette de 1,5 million de dollars sur les neuf premiers mois de 2013.

Le siège de l'entreprise est à Belize, un paradis fiscal, tandis qu'elle n'emploie qu'un seul et unique employé, Marlon Luis Sanchez, qui est également le PDG et le principal actionnaire du groupe. En quelques jours, il est devenu milliardaire.

Des éléments de biographie récoltés sur internet le donnent diplômé de l'Université de San Diego en Californie. Contactée par l'AFP, l'école s'est refusée à tout commentaire.

Le numéro de téléphone mentionné sur les documents boursiers est hors service.

Joint par l'AFP, le gendarme américain de la Bourse, la SEC, n'a pas souhaité faire de commentaires.

Cynk Technologies se présente comme un "réseau social", se proposant de jouer les entremetteurs entre les internautes et les stars de cinéma, du sport, des milieux d'affaires ou encore de la politique.

L'entreprise propose de vous mettre en contact avec Angelina Jolie, Charlize Theron ou Johnny Depp contre 50 dollars, selon son site internet introbiz.com, dont la page d'accueil recense des photos d'actrices et acteurs d'Hollywood.

Une soixantaine de personnes auraient ainsi "acheté" une mise en contact avec Scarlett Johansson et près de 80 auraient payé pour être connecté à Leonardo Di Caprio.

-Des millions en quelques semaines-

La plupart des analystes n'avaient jamais entendu parler de cette société.

"C'est une escroquerie organisée", estime Gregori Volokhine, gérant de portefeuille chez Meeschaert Financial Services.

"Durant la bulle internet, il y a eu plusieurs exemples de titres qui n'étaient rien d'autre que des combines alimentées par des communiqués de presse et de traders qui n'avaient qu'une seule mesure: le prix de l'action", renchérit le site Briefing.com.

M. Volokhine explique que cette flambée boursière repose essentiellement sur un "réseau qui s'est organisé sur Twitter pour attirer l'attention sur cette action".

L'analyste renvoie au film "Boiler Room", qui raconte un lieu où d'ambitieux jeunes traders, afin de gagner un million en quelques semaines, se démènent pour vendre par téléphone n'importe quel placement en prélevant au passage des commissions exorbitantes.

Cynk est cotée à New York sur un marché non réglementé baptisé OTC ("Over The Counter") où sont achetés et vendus des titres de sociétés n'ayant pas réuni les conditions requises pour être cotées sur les plateformes d'échanges reconnues et surveillées.

Dans les circuits OTC, ces titres peuvent être échangés entre particuliers ou de gré à gré.

Jeudi, près de 380.000 titres seulement, soit entre 5 et 6 millions de dollars, ont changé de mains, contre 8 millions de titres pour Pandora.

L'autorité gérant la plateforme d'échanges n'a pas donné suite aux sollicitations de l'AFP.

Briefing.com fait valoir que les régulateurs auront du mal à intervenir car il est "difficile" de prouver que cette flambée boursière est "illégale" ou due à des "manipulations".

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