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La Chine s'arme pour une difficile "guerre contre la pollution"

09/07/2014 02:42 EDT | Actualisé 07/09/2014 05:12 EDT

Tribunaux ad hoc, amendes journalières, menaces de fermetures définitives d'usines: la Chine fourbit les armes de sa guerre déclarée à la pollution - des initiatives prometteuses, mais sans garanties de résultats, selon les analystes.

Depuis des décennies, Pékin a sacrifié l'environnement sur l'autel de sa croissance économique fulgurante, qui a permis d'élever le niveau de vie de centaines de millions de Chinois, mais dont une part croissante exige aussi aujourd'hui une qualité de vie meilleure.

Outre les problèmes de santé et d'environnement qu'ils suscitent, l'air âcre, la pollution de l'eau et des sols nuisent à l'image du pays: Pékin étouffé dans un nuage de brouillard industriel rebute touristes et hommes d'affaires.

Ces derniers jours, à l'ouverture de la saison touristique, la capitale a enregistré des taux de pollution supérieurs à 300, selon les mesures de l'ambassade américaine, soit 12 fois supérieurs aux recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Mais le combat contre la pollution se heurte aux résistances des industries et des responsables locaux, ainsi qu'aux craintes de Pékin d'un ralentissement de la croissance, source de "troubles sociaux".

"Nous voyons de vastes plans d'actions, très concrets, qui comprennent des mesures fortes, notamment en termes de surveillance publique", a indiqué Ma Jun, expert des questions environnementales basé à Pékin.

Mais "la mise en oeuvre de ces mesures sera très difficile, parce qu'elle touchera beaucoup d'intérêts différents et de lourds investissements", a-t-il ajouté.

- Une 'véritable volonté politique' -

Parmi les engagements pris par Pékin, l'obligation pour 15.000 entreprises de dévoiler leurs taux d'émissions de polluants en temps réel.

En mars, le Premier ministre Li Keqiang a déclaré "la guerre à la pollution", promettant de fermer 50.000 fours à charbon et d'envoyer à la casse six millions de vieilles voitures.

Le mois suivant, le gouvernement a modifié sa loi de protection de l'environnement pour la première fois en 25 ans, permettant aux associations de poursuivre les pollueurs, eux-mêmes exposés à des peines plus lourdes, parmi lesquelles des amendes journalières.

En juin, un média officiel a annoncé l'arrestation de 200 personnes et la fermeture de 3.500 entreprises pour des délits touchant à l'environnement l'an dernier.

La semaine dernière, la Cour Suprême a annoncé la formation d'un nouveau tribunal chargé spécialement des affaires d'environnement.

Mais Zheng Xuelin, à la tête de ce tribunal, a admis que des pollueurs risquaient de passer entre les mailles du filet, expliquant : "les tribunaux veulent traiter certaines affaires mais n'osent pas le faire à cause de certaines interférences".

Malgré les interrogations sur leur application, ces engagements représentent un changement spectaculaire de la part d'un gouvernement qui refusait de publier les chiffres de la qualité de l'air il y a quelques années, selon Ma Jun. Presque 200 villes chinoises rendent ces données publiques aujourd'hui.

"Je pense que c'est la première fois que le gouvernement montre une véritable volonté politique de résoudre le problème de la pollution de l'air."

- Des priorités absolues -

La Chine s'est déjà fixé des objectifs rigoureux en termes de qualité de l'air et s'est engagée à réduire la proportion d'énergie provenant du charbon à 65% d'ici à 2017.

Le gouvernement a également promis de dépenser 1.700 milliards de yuan (200 milliards d'euros) sur cinq ans pour réduire la pollution de l'air, et d'évaluer les gouvernements locaux sur leur engagement en la matière.

Mais ces objectifs n'ont pas été atteints : la qualité de l'air est encore descendue en-dessous des standards nationaux dans 71 des 74 plus grandes villes du pays l'année dernière.

L'autorisation accordée aux associations d'attaquer les pollueurs en justice pourrait, elle, se heurter au parti unique et sa tendance à vouloir dicter seul le changement.

Plusieurs expert des questions environnementales ont ainsi été condamnés ces dernières années et des manifestations contre des usines chimiques violemment réprimées.

Les mesures annoncées visent surtout la côte est, la partie la plus développée du pays, où les revendications des habitants sont mieux entendues. Des projets prévoient la construction d'usines à l'ouest du pays, qui convertiraient le charbon en gaz et l'achemineraient vers l'Est.

"Quand on construit des équipements qui valent plusieurs milliards de dollars, on attend forcément un retour sur investissement", a indiqué Alvin Lin, directeur de la politique climatique et énergétique chinoise pour le Conseil de défense des ressources naturelles.

"On peut donc s'attendre à ce que ces usines soient utilisées au maximum de leurs capacités".

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