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Mondial-2014 - Brésil: le soutien des supporteurs est-il un poids?

30/06/2014 09:46 EDT | Actualisé 30/08/2014 05:12 EDT

"Il y a la tension, ce n'est pas facile de jouer un Mondial à la maison", a reconnu le sélectionneur Luiz Felipe Scolari, après la qualification à l'agonie du Brésil pour les quarts de finale de son Mondial.

Contre le Chili, la Seleçao, qui avait bien commencé son match avec le soutien des 57.000 spectateurs, s'est complètement tétanisée lors de l'égalisation chilienne, disparaissant du match.

A se demander si le soutien de 200 millions de Brésiliens n'est pas devenu un poids. "On sait ce que représente ce soutien, on sait aussi la responsabilité qui vient avec", a récemment souligné Marcelo, le défenseur du Real Madrid. Contre le Chili, on a eu l'impression que les joueurs étaient timorés, chaque pied lesté par le poids de tous leurs supporteurs...

Et il s'en est fallu de quelques centimètres que le Brésil "paie cher" cette apathie. Les Chiliens ont trouvé la transversale à la 120e!

"C'est sûr qu'on n'a pas vu le meilleur Brésil, il y a trop de pression", estime le champion du monde italien Fabio Cannavaro auprès de Globo. Des joueurs qui sont bons en Europe ne se montrent pas à leur avantage. Ils ont trop de pression sur les épaules. Si la pression baisse, ils joueront mieux. La pression de jouer à maison pèse trop. La transversale les a sauvés à la dernière minute. J'espère que cela servira de déclic afin que le Brésil joue comme le Brésil", conclut l'Italien.

Les joueurs sont au centre d'un maelstrom, dans l'oeil du cyclone. Entre 1.500 et 2.000 journalistes suivent les matches du Brésil mais ils sont plusieurs centaines à épier les moindres faits et gestes dans leur camp de base de Teresopolis. Des dizaines de radios et de télévisions multiplient les directs. Neymar tombe et grimace à l'entraînement? Twitter s'enflamme, les chaînes font des flashes spéciaux pour... constater que ce n'est pas grave.

- Thiago Silva fanfaron -

Tous les entraînements, même les exercices physiques, sont commentés, étudiés, disséqués. La sélection brésilienne se plie d'ailleurs à cette pression médiatique en laissant les journalistes assister à tous leurs entraînements, à l'exception des veilles de match. Contrairement aux autres équipes, il n'y a jamais ou presque de huis clos.

Les réseaux sociaux sont omniprésents dans la vie des joueurs mais le courrier traditionnel aussi: les joueurs de la "Canarinha" reçoivent 6.000 lettres par semaine en moyenne. Les supporteurs sont partout autour de la Granja Comary (le camp d'entraînement), au moindre déplacement, et bien sûr dans les stades. "C'est un cadeau d'avoir les gens, les supporteurs", affirme Dani Alves.

Le chant a capella de l'hymne national par les supporteurs, alors que la musique s'est arrêtée, est devenu une tradition. "C'est indescriptible. On sent l'énergie", souligne le gardien Julio Cesar. A Fortaleza, Neymar a été submergé par l'émotion et a pleuré avant le coup d'envoi!

Zico, l'ancien N.10 du Brésil, s'interroge. "Il faut être concentré sur le match (...) mais là, ça (l'hymne) porte préjudice au Brésil. Il y a des joueurs émus, on oublie le match (...) il faut qu'il y ait plus de maîtrise", a-t-il déclaré à Seleção SporTV.

Thiago Silva estimait récemment que la pression était "bonne". "On n'est pas gêné (...) ça fait partie du football, si tu ne supportes pas la pression, change de branche!", fanfaronnait-il quelque peu avant le match contre le Chili. Comme ses partenaires, il a été dépassé par l'événement au Mineirao de Belo Horizonte et, à l'écouter, l'ensemble de l'équipe devrait donc changer de métier...

"Même les joueurs expérimentés sentent la pression du Mondial. Celui qui dit qu'il ne la sent pas, ment. C'est un match différent, pas un match comme les autres", a déclaré Scolari, avouant être "un peu" préoccupé par l'apathie et la frilosité provoquées par cette pression et la peur de mal faire.

Mais il a souligné qu'il allait essayer de retirer le positif de l'expérience. Nul doute qu'une grande partie des réunions et des interventions extérieures (coaches, experts en motivation, psychologues), qui ne sont pas divulguées à la presse, sera consacrée à ce dossier.

"On a la pression (...) Le peuple attend. Et, nous, on doit le faire (gagner). On a fait une promesse et on essaie de la tenir", souligne Scolari. En cas de défaite, il n'y a qu'un pas de la pression à la dépression.

pgf/jta

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